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364 ÉLOGE DE M. DE CHANTELAUZE.
viction, il la voulait absolue. Le doute pour lui c'était l'inno-
cence, et il le disait au jury. Il ne se contentait pas tou-
jours de s'en rapporter a justice.
11 se fit plus d'une fois le premier défenseur de l'accusé.
Je l'entends encore dire avec sa voix solennelle : « Plus nous
« avons creusé, plus nous sommes arrivé au doute" ; si
« vous partagez noire sentiment, votre devoir est d'ab-
« soudre, et nous vous le demandons au nom du roi. »
On peut juger s'il était cher au barreau. Nul n'a plus
respecfé l'indépendance de l'avocat et les droits de la dé-
fense. La défense toutefois avait peu à faire avec lui. Tantôt
sa conviction énergique la rendait impossible, tantôt sa
généreuse impartialité la rendait inutile.
De si hautes qualités l'appelèrent à la direction d'un par-
quet. Nommé successivement procureur-général à Douai et
à Riom , il prouva bientôt l'heureuse et quelquefois difficile
alliance des inspirations de l'audience et des méditations du
cabinet, des dons de la parole et du coup d'œil des affaires.
Celles de ce dernier ressort, gravement compliquées avant
son avènement, s'éclaircirent sous sa main, et la chancel-
lerie lui écrivait ces remarquables paroles : «Autrefoisnous
« tremblions quand le timbre de Riom apparaissait sur notre
« correspondance. Aujourd'hui, c'est un bon moment pour
« nous que celui où nous apprenons l'heureux résultat de
« vos efforts, où nous recueillons des documents qui nous
« guident si droit. »
Mais si son dévouaient savait mériter les éloges du minis-
tère, son indépendance ne craignait pas d'éclairer ses er-
reurs. Quand le Garde des sceaux voulut, en 1828, Ã la suite
des ordonnances de juin, lui prescrire des poursuites contre
un évêque de son ressort, assis aujourd'hui sur le siège
primatial des Gaules, M. de Chantelauze n'hésita pas à lui
représenter l'impolitique injustice de ces attaques a la li-