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114                       BE L'HOMME.

 l'école, dans les institutions publiques, dans les arts, pour
 y satisfaire sa gloutonnerie. L'excitation et la dépravation
 des instincts font une autre nature.
    Est-ce la faute de cette nature tant calomniée, si l'éduca-
 tion privée et publique ont pour but de pousser la jeunesse
vers ce que désire un demi-barbare, la richesse pour se pro-
 curer l'abondance des jouissances ? On a des écoles pour
 développer les connaissances et l'habileté, pour faire son
bonheur sur terre et sur mer, dans l'atelier, dans le tri-
bunal, dans la chaire. On inocule des idées fausses : l'hon-
neur est plus que la vertu, la manière de vivre plus que la
vie, la prérogative plus que le droit, le titre plus que le ser-
vice rendu. La vie matérielle exige tant de travaux, tant de
combats, que le vrai et le bien sont mis au rebut. Qui donc
alors aurait le courage de suivre le Sauveur, lorsqu'il disait
à ses disciples : Puisque nous avons des vivres et des
habits, soyons satisfaits / Il y a incompatibilité entre l'abon-
dance et la sévérité des mœurs, entre l'orgueil et l'abné-
gation, entre Bélial et le Christ.
    On s'étonne ensuite de la situation morale des peuplés
chez lesquels le fonctionnaire est un rouage, l'égoïsme un
ressort et l'homme une chose !
    Il ne faut pas oublier que le mortel n'est pas seulement un
animal ni seulement un esprit, mais résulte de leur réunion.
Les lois de la nature aussi bien que les lois de l'esprit lui
disent : Tu ne dois être ni plante ni animal, mais homme.
    Dans les sciences naturelles est comprise l'étude de
l'homme physique ; mais chez l'homme l'esprit est tellement
uni au corps, qu'on ne peut scinder plus complètement ces
études.
    N'oublions pas cette locution populaire : Tu es uncorpssans
âme (c'est-à-dire rien). Elle est bien vraie, car sur notre terre
un corps sans âme et une âme sans corps n'ont aucune valeur.