page suivante »
LE SALON DE 1 8 8 5 I3S
M. Aimé PERRET, un finisseur aussi, a été plus heureux, et je veux
louer sans réserves sa Partie intéressée (472), cette petite toile spiri-
tuelle et claire sous laquelle on ne serait qu'à moitié surpris de lire
la signature du grand Meissonnier. Au premier plan, devant la
longue et basse maison bourguignonne, aux murs blancs décorés de
laurelles, le garde champêtre est attablé avec un vieux paysan. La
partie de cartes touche à sa fin, le coup est grave, et l'attention des
deux joueurs est comiquement rendue. Au fond, sur la porte de
l'auberge, un gas conte fleurette à la servante; tout ceci est fine-
ment et très spirituellement léché.
M. Nicolas SICARD est toujours choyé du public, et il me paraît
mériter aujourd'hui plus que jamais sesfaveurs.il n'avait pas encore
atteint, je crois, la largeur et la sûreté de facture de son tableau
militaire Dam l'Est en 18JI (568). Le décor est sobre, les person-
nages sont bien groupés et solidement posés. J'aime moins la Cui-
sine des artistes forains (569), malgré que les mêmes qualités s'y ren-
contrent; mais cette grande voiture carrée des saltimbanques, arrêtée
au milieu du cadre, est lourde et disgracieuse, et donne au tableau,
par son badigeonnage éclatant, une note criarde qui n'a même pas,
chez M. Sicard, l'avantage de l'originalité.
M. COURTAT a exposé une Gardeuse de vaches(i<)2) très estimable,
en dépit d'un fond un peu plat, et que n'anime pas suffisamment une
vache en bois, de Nuremberg, posée à l'arrière plan, et autant que
permet de le juger la place malheureuse donnée à cette toile. La
petite paysanne est étendue sur l'herbe dans une pose gracieuse et
bien naturelle. La Cigale (193), du même artiste, est une fort appé-
tissante personne, et si elle est autant en voix qu'elle est bien en
chair, on perdrait volontiers une heure ou deux à l'entendre. Il est
regrettable que le frottement de sa guitare contre sa poitrine nue lui
ait amené, au-dessous du sein droit, une petite irritation désagréable
à voir. Espérons que cela ne sera rien.
Très jolie aussi la Fleur d'oranger (260), de M. EISMANN-SEME-
NOWSKI. C'est bien là ce qu'on appelle de la peinture de chic, mais
est-ce bien de la peinture? Je lui préfère, je l'avoue, la pêcheuse
exposée par Mlle SALANSON, sous ce titre : le Contraste (549)- Le