page suivante »
CAUSERIES NIÇOISES 355
octobre chauffer à notre bon soleil leur goutte ou leurs rhuma-
tismes. Ils observent peu de changements entre ces deux pays d'as-
pect si gaiement et si franchement français. lisse retrouvent chaque
année plus nombreux et plus énamourés du beau ciel, du bon air,
de la campagne odorante, du bleu Léman et de la bleue Médi -
terranée.
Si Adam et Eve ressuscitaient, à présent que le Paradis terrestre
n'existe plus, si tant est qu'il ait jamais existé dans ce monde mal
fait et ennuyeux, ils vendraient leur verger de l'Euphrate, y com-
pris le fameux pommier, emploieraient les fonds en actions delÃ
Jetée-Promenade, et, sans plus se soucier de la science du bien et
du mal, ils prendraient un tailleur anglais, boiraient des vins de
France dans du verre de Murano, et passeraient l'étéà Evian et
l'hiver à Nice.
II
LA P A I X F O R C É E
Des expériences de tir viennent d'être faites, à la Spezia, par
ordre du gouvernement italien, avec de nouveaux canons destinés
aux vaisseaux de l'Etat. Leur résultat le plus clair est que chaque
coup tiré revient approximativement à deux mille quatre cents
francs, sans tenir compte de l'usure de la pièce.
Vous avez bien lu, n'est-ce pas? Un seul coup de canon coûte
deux mille quatre cents francs. Ce n'est pas une « coquille »
échappée des mains distraites des compositeurs de la Revue lyon-
naise. J'ai écrit et il faut lire deux mille quatre cents francs. Deux
mille quatre cents francs, ne l'oubliez pas, placés au taux normal de
cinq pour cent, rapportent annuellement cent vingt francs à leur
propriétaire : de quoi payer son cercle, ou instituer un prix pour
un concours de poésie. La même somme en rente représente un ca-
pital de quarante-huit mille francs, ce qui, en tous pays, constitue
la dot d'une honnête fille.
Deux mille quatre cents francs ! C'est-à -dire l'équivalent d'un