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356                  LA R E V U E LYONNAISE
revenu de deux cents francs par mois. C'est la solde d'un brave
officier; ce qu'il reçoit de la patrie pour payer son logement, sa
pension, sonbrosseur, renouveler ses uniformes, jouer et faire des
cadeaux à ses maîtresses. C'est le traitement d'un fonctionnaire,
d'un magistrat ou d'un professeur; le prix auquel sont taxés, chez
les nations civilisées, le travail intelligent et consciencieux, le sa-
voir, l'intégrité, le dévouement, l'héroïsme et l'abnégation.
   Ce sont les appointements du premier clerc dans une étude ;
d'un employé de confiance dans une maison de banque ou de com-
merce; d'un chef de rayon, dans un grand magasin de nouveautés.
C'est ce que gagne, après vingt ans d'études et de déboires, un
médecin, un avocat, un artiste, un littérateur. C'est le Pactole que
le poète entrevoit dans ses rêves, quand il s'endort, l'estomac in-
suffisamment rempli parle vague espoir de souper le lendemain.
   C'est le bénéfice net d'un boutiquier, après trois cent soixante -
cinq jours, passés dans un trou sans air et sans soleil, à mesurer
 ou à peser de la marchandise, en essuyant les frasques de la pra-
tique. C'est le revenu d'un petit propriétaire; le budget d'une
 Société de bienfaisance; de quoi empêcher cinquante familles de
 mourir de faim.
   Deux mille quatre cents francs ! La. recette brute d'un théâtre
lyrique, le cachet d'un ténor célèbre, d'une diva à la mode.
   Tâchez de vous figurer ce qu'il faut déployer de diplomatie,
pour écouler deux mille quatre cents billets de la loterie de l'Ex-
position internationale de Nice. Calculez ce que vous devez aven-
turer à Monte-Carlo pour gagner deux mille quatre cents francs,
ou, si vous voulez, le temps que vous mettez à les perdre, en jouant
suivant les principes préconisés dans la dernière martingale ga-
rantie infaillible.
   Pour deux mille quatre cents francs, vous louerez, à Nice, un
appartement confortable, dans une belle maison neuve. Vous
pourrez passer six mois à l'hôtel, ou faire, sous l'égide de l'agence
Cook, un joli « tour » en Europe. Vous avez de quoi déjeuner 436
fois au restaurant Catelain ; entrer 1,200 fois au Théâtre français ;
consommer 4,800 mazagrans, 6,000 bocks; acheter 3,000 pa-
quets de cigarettes hongroises, 16,000 boîtes d'allumettes et
48,000 petits pains d'un sou.