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    SOUVENIRS DU COMTE ARMAND DE SAIiN'f-PRIEST                    123

Paris, en congé. L'un deux était accompagné d'un jeune prisonnier
autrichien auquel il faisait apprendre, par cœur, la Marseillaise
que celui-ci chantait avec la prononciation d'un paysan du Danube,
et en homme qui, d'ailleurs, ne savait pas un mot de français. Ce
sont là tous les souvenirs que j'ai conservés de ce voyage; sauf la
peur qui s'était emparée du sieur Weiss, mon compagnon de voyage,
et qui allait toujours grandissant à mesure que nous approchions
de Paris. Je ne partageais point ce sentiment, enfant comme je
l'étais, et les exhortations à la prudence, que ce surveillant essayait
de m'inculquer, me semblaient fort ridicules. Il faut avouer, cepen-
dant, qu'il y avait de quoi s'inquiéter, et je crois qu'il maudit plus
d'une fois la résolution qu'il avait prise de venir visiter cet antre
révolutionnaire.
   Nous arrivâmes à Paris le 1er avril 1793, deux mois après la
mort de Louis XVI. Cependant la Terreur n'avait pas pris tout son
développement ; c'était encore le régne des Girondins, dont la catas-
trophe, qui eutlieu le 31 mai suivant, fut le signal des déchaînements
de toutes les atrocités qui suivirent.
   Ainsi, à mon arrivée, régnait encore une certaine liberté de
paroles et d'actions ; si j'en juge par mes souvenirs. Il y avait
même des réunions, et le salon de la duchesse de Grammont était
toujours ouvert et fréquenté par les débris de la bonne compagnie.
J'entendis citer, plus d'une fois, ce qui y avait été dit, et que par
réflexion, je trouvais bien hardi pour l'époque. Monsieur de Pro-
venchère qui avait été, je crois, fermier général, avait aussi un
salon ouvert. J'y fus conduit, une fois, par mon oncle, frère de
mon père, qui m'avait recueilli à mon arrivée; et je me souviens
d'avoir été fort embrassé par deux vieilles dames très parées et
couvertes de rouge; apparition que je ne devais plus revoir que
dans les pièces de théâtre.
   Monsieur de Montchenu, gentilhomme du Dauphiné, recevait
aussi régulièrement du monde, dans un de ces beaux hôtels de la
rue du faubourg Saint-Honoré, dont les jardins donnent sur les
Champs-Elysées ; hôtel qui lui appartenait et qui, longtemps encore
après, a continué à porter son nom.
   Avant d'entrer dans ce détail, qui est venu de lui-même sous ma
plume, j'aurais dû commencer par dire comment et où j'avais été