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CHAZAY-D'AZERGUES EN LYONNAIS 22*5
radoucit bientôt devant les bonnes raisons qu'apportait
'Bellabre, plus hardi que Bayard. Il délia sa bourse et donna
deux cents écus pour acheter chevaux et harnachements. De
plus il lui remit une lettre pour LÃ urencin, son marchand
de drap, par lequel il l'autorisait à livrer au jeune homme
tout ce qui lui était nécessaire pour s'équiper et s'habiller.
Heureux de ce qu'ils avaient ainsi obtenu, nos deux amis
quittèrent l'abbé d'Ainay après de chaleureux remercie-
ments. « Quand Dieu envoyé de bonnes fortunes aux gens,
dit Bellabre, il les faut bien et sagement conduire, ce qu'on
dérobe à moyne est pain bénist ! Nous avons une lettre Ã
LÃ urencin pour prendre ce qu'il nous faudra, allons vite-
ment à son logis avant que votre oncle ait réfléchi à ce qu'il
a fait. Il n'a pas limité en sa dite lettre jusqu'à combien
d'argent il doit vous bailler d'accoutrements. Par la foy de
mon corps, vous serez accoutré pour le tournoy et pour
d'ici à un an; car aussi bien n'en aurez-vous jamais autre
chose. » Bayard se mit à rire et ajouta : « Par ma foy, mon
compagnon, la chose va bien ainsi ; hâtons-nous, car si
mon oncle s'aperçoit de ce qu'il a faict, j'ai grand peur qu'il
n'envoie incontinent déclarer pour combien d'argent il
entend qu'on me baille habillement. »
Ils se rendirent promptemênt chez Là urencin, qui sur la
lettre présentée donna toutes les étoffes désirées. Cependant
l'abbé, réfléchissant à l'abus que son neveu pouvait faire des
expressions de sa lettre, envoya aussitôt un valet chez Là u-
rencin. Il n'y arriva que pour apprendre qu'au lieu de cent
vingt livres, le neveu de son maître s'était pourvu d'étoffes
pour plus de huit cents livres, somme énorme à cette
époque.
A cette nouvelle, Théodore du Terrail irrité envoya Ã
Bayard un exprès pour lui faire savoir que s'il lie rapportait