page suivante »
I42 DEUX MOIS EN ESPAGNE
l'état dans lequel elle se trouvait alors, qui l'empêchait de
sortir du palais, il me fut facile d'obtenir la permission de
la visiter et de faire jouir mes regards de toutes les mer-
veilles dont mon cicérone, qui ne croyait pas que je puisse y
aller, m'avait, par pur esprit national,serinéles oreilles dans
un français à pouffer de rire.
J'avoue que j'aurais peut-être mieux fait de m'en tenir
à ses vantardises; je savais toute l'affection que sa royale
maîtresse portait à ce lieu privilégié, les longues stations
dont elle l'honore en temps ordinaire, et ne fus pas médio-
crement étonné de ne trouver que des jardins de fleurs et
des vergers tels que l'on en voit partout, et moins bien te-
nus qu'ils ne le sont d'ordinaire.
Quelques tristes animaux, qui ont l'air d'y souffrir de la
faim, y croupissent dans de misérables iloges; une monta-
gne semblable à celles de carton que Ton fait à l'Opéra,
surmontée cependant d'un joli kiosque chinois; enfin,
dans des chaumières rustiques, des poupées de bois
de grandeur naturelle', qui exécutent des mouvements
quand le gardien fait jouer la manivelle où sont concentrés
tous les fils d'archal qui les font mouvoir, tout cela me
parut bien peu royal et, le dirai-je, me donna une mince
idée de l'intelligence de cette aristocratie espagnole qui
pouvait s'amuser de pareilles marionnettes. Je me rappelai,
malgré moi, la farce de l'Ours et le Pacha, et je trouvais
bien plus spirituel que je ne l'avais cru jusqu'alors, ce bon
Chahabâam qui, lui au moins, admirait des êtres vivants, et
qui se plaisait si longuement, disait-il, Ã voir nager ses
poissons rouges.
Je revins donc au Prado tout triste de l'absence des plai-
sirs que je m'étais promis de cette excursion ; j'y visitai
pour me consoler, la jolie église gothique de San-Ge-
ronimo qui est au-dessus ; le très beau jardin botanique, et