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DEUX MOIS EN ESPAGNE I43
ne voulus plus m'arrêter qu'au grand Musée Royal, qui est
la perle des collections des tableaux de l'Europe entière, et
qui le dispute avec avantage, sur certains points au moins,
aux célèbres collections de peinture de Rome, de Paris et
de Dresde.
Quand j'eus admiré ce surprenant ensemble des œuvres
de tous les grands maîtres, il devint naturellement le but de
mes courses de chaque jour, tant que dura mon séjour Ã
Madrid; mais mon carnet n'osa jamais y sortir de ma po-
che ; que dire, en effet, devant de telles œuvres qui sont
connues du monde entier, et sur chacune desquelles on
pourrait, si l'on voulait, réunir un volume des observations
de nos meilleurs artistes ? La seule chose dont puisse par-
ler un voyageur qui est loin de se croire le savoir néces-
saire en pareille circonstance, c'est du local qui les enferme.
Quoique très vaste et convenable pour l'importance d'une
telle exhibition, il laisse à désirer sous le rapport de la dis-
tribution de la lumière ; deux ou trois galeries seulement
sont décorées avec beaucoup de goût et même peut-être
plus de luxe qu'on ne désirerait; mais les autres, d'une sim-
plicité cependant convenable, manquent de jour et d'espace,
et constituent bien ce que nos artistes nomment des cime-
tières à peintures ; les tableaux s'y conservent à merveille
il est vrai, et nulle part, en Europe, on n'en voit d'aussi an-
ciens, conservant les plus fraîches couleurs de la palette ;
mais quel crève-cœur pour les amateurs de ne pouvoir suf-
fisamment les admirer, et quels effets produiraient ailleurs
ces bataillons serrés de toiles uniques, ensevelies plus ou
moins sous les ombres d'un épais crépuscule !
(A suivre).
L E MARQUIS DE P