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                  DEUX MOIS EN ESPAGNE                    141

par la mode, c'est tout dire, et chaque soir, elle y vient
étaler ses toilettes, au milieu des chevaux de selle, et des
files interminables des voitures.
    Quand les réverbères et les lanternes des équipages le
cernent dans l'obscurité d'une masse de rayons de lumiè-
res, que les ombres de la nuit grossissent et grandissent ses
arbres, que la lune argenté ses colonnes et ses fontaines de
marbre aux eaux, le jour, assez peu transparentes, quand les
voitures et les livrées de toutes les couleurs forment une
haie vivante autour de son enceinte, ce salon en plein air,
qui paraît triste le jour, ne laisse pas que d'avoir un certain
air de fête, et malgré l'épaisse poussière qui s Y concentre,
l'œil, attiré par les brillants uniformes des militaires, les
 toilettes charmantes et variées des senora, a de la peine à
 s'en détacher, et en se retirant avec toute cette foule cha-
marrée qui regagne la ville, on s'étonne volontiers du
temps que l'on y a oublié, et, on est presque honteux
d'être à la queue de l'arrière-garde de ceux qui s'en éloi-
gnent !




                   CHAPITRE             XV

                      SUITE DE MADRID


   Le jardin de Buen-Retiro, qui est assez fréquenté pendant
la belle saison, n'offre, avec ses lozanges de charmilles, rien
qui soit de nature à charmer le voyageur ; la portion qui
longe le grand bassin alimenté par une pompe à feu, pos-
sède seule une végétation agréable; l'autre rive de cette
pièce d'eau, sur laquelle s'exerce probablement l'imagina-
tion de la population madrilène, est réservée à la reine; vu