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DE GRIM0D DE LA. REYMÈRE. 377
qu'il avoit annoncé beaucoup de prétentions, qu'il avoit ré-
volté tout le monde par le ton tranchant qu'il prenoit dans
les foyers de la comédie, où je l'ai vu débuter à 17 ans avec
autant d'audace , de confiance et de mépris pour les autres
poètes que s'il eût déjà fait Phèdre et Sémiramis. J'ai pris
souvent la liberté de l'avertir du tort qu'il se faisoit ainsi. S'il
eût voulu m'en croire , il s'en seroit mieux trouvé. Mais la
jeunesse ne doute de rien et ne peut être enchaînée que par
l'expérience.
Au reste, je conviens avec vous que tout le théâtre de
M. de Chénier ne vaut pas Philoctète, ce qui n'empêche
pas qu'il n'y ait encore beaucoup de mérite à avoir fait ce
qu'il a fait. J'étois fort lié avec ce jeune homme, et nous
nousvoyions beaucoup dans lesdernières années de mon séjour
à Paris, où vous avez pu le voir souvent avec moi. Je l'avois
fait connoîlre à Palissot , qui l'avoit pris dans la plus grande
amitié, qui l'a défendu et loué avec chaleur, lui qui ne loue
personne. J'ai conçu , par la dernière lettre que j'ai reçue de
Talma il y a environ 18 à 20 mois , que cette chaleur étoit
bien éteinte et qu'il ne le voyoit plus. Pour moi, je n'avois
point entretenu de relations directes avec M. de Chénier de-
puis mon exil, et je m'en félicite aujourd'hui. Il est fâcheux
pour lui qu'il se soit brouillé avec M. Palissot, qui est un
homme plein de goût, un excellent littérateur dont les conseils
ne peuvent qu'être bien utiles à un jeune homme. J'en parle
pour l'avoir moi-même éprouvé.
Votre réflexion est fort juste , M. de Parny auroit plus
d'éclat et de réputation s'il étoit venu dans le siècle de
Louis XIV. Les premiers venus ont tout l'avantage , mais il
faut avouer que ce partage est assez juste , et qu'il auroit eu
plus de mérite à faire alors ce qu'il a fait de nos jours , puis-
qu'il auroit eu bien moins de secours et de modèles. Ceux
qui ont fait les premiers pas dans la carrière moissonnoient,