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162                      EXPOSITION DE 1854-55.
 d'étudier sérieusement les œuvres de M. Courbet, lorsque, sans doute,
MM. Delacroix et Decamps riaient des excentricités auxquels s'est livrée
cette sentinelle perdue de leur armée.
    Puisque les traces des tendances opposées que nous venons de signaler
sont visibles encore à l'exposition de cette année, on nous permettra de
suivre, dans notre examen, l'ordre indiqué par elles. Dans chaque genre
de peinture, nous étudierons en premier lieu les tableaux qui appartiennent
à ce qu'on pourrait appeler l'école de la forme, par opposition à l'école de
la couleur. Les sujets historiques ou religieux appartiennent presque exclu-
sivement aux tableaux de la première catégorie. Cela est assez naturel :
l'enseignement que leurs auteurs ont reçu, le but qu'ils poursuivent, tout
les guide dans le sens de la grande peinture, et ce n'est que par eux
qu'elle peut exister actuellement.
   A ce point de vue, nous devons signaler d'abord une œuvre qui domine
évidemment les autres par son importance. La place qu'elle occupe dans
la salle est assez défavorable ; le public ne s'arrête pes volontiers devant
ces dessins teintés où rien ne le séduit, l'attire par ces qualités extérieures
dont la foule a particulièrement l'intelligence ; et cependant celte œuvre
est pétrie de l'esprit des maîtres ; pour nous, elle est la révélation d'un
talent nouveau et plein d'ampleur. Nous parlons des cartons de vitraux
pour l'église de Sainte-Clotilde , à Paris, par M. Louis Lamothe , de Lyon.
   M. Lamothe peut être donné comme la preuve vivante de ce que coûtent
d'efforts et de conscience les productions sérieuses. Il débute à l'âge où
bien d'autres qui n'ont jamais recherché dans la peinture que l'étude des
effets et des procédés, ont donné leur dernier mot ou inclinent déjà vers
la décadence. II a longtemps travaillé avec SI. Ingres, longtemps avec
M. Hippolytc Flandrin , et les a aidés dans la plupart de leurs travaux. Il
s'est nourri de ces austères études qui sont la condition rigoureuse du
développement des facultés artistiques, mais qui ne les créent point, ce-
pendant, et qui ne peuvent dans aucun cas y suppléer ; il faut que le t3'pe
éternel en existe par avance dans l'àmc de l'artiste.
   Ces cartons se composent de huit figures isolées, beaucoup au-dessus de
(a grandeur naturelle. Ce sont, d'un côte, les quatre grands prophètes -.
Isaïe, Jérémie, Ezéchiel et Daniel, de l'autre, les docteurs de l'Église latine :
Salvien, Césaire, Jérôme et Augustin.
   Isaïe se dresse de toute sa hauteur. Son bras est relevé au-dessus de sa
tête par un geste d'une indicible majesté , et l'autre main aide à dérouler
une feuille sur laquelle sont tracés ces mots : Ecce Virgo concipiet. La tête
aurait quelque chose de celle d'un Dieu antique, fragment sublime d'un
grec inconnu, si la barbe, bouclée par petites mèches comme celle d'un roi