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120 DES LETTRES
marque distintive des hommes supérieurs, de ceux qui doivent
inspirer le respect et qui sont dignes de commander aux
autres.
Si les lettres antiques se rapprochent ainsi du Christia-
nisme par l'idée de la justice de Dieu et par celle de la
crainte salutaire qui doit en résulter, elles ont avec les idées
chrétiennes un autre point de contact qu'on ne saurait trop
remarquer ; je veux parler de la large place donnée a la
prière : la prière, cette grande voix de l'homme vers Dieu,
cette voix qui s'élève involontairement de l'âme dans toutes
les émotions de crainte ou de désir, et qui n'est pas comman-
dée moins impérieusement par la raison que par l'instinct.
Or, la prière n'a pas sa raison d'être, si Dieu ne gouverne le
monde que par des lois immuables , et s'il ne modifie point
ses décisions sous l'empire de nos supplications et de nos
larmes.
Ainsi, les lettres familiarisent avec plusieurs idées aussi
fondamentales que moralisantes sur la nature de Dieu et sur
le culte qui lui est dû ; elles préparent les esprits aux notions
plus complètes et plus élevées du Christianisme ; et dès le'
premier point de vue sous lequel nous les envisageons, elles
montrent la supériorité de leur direction morale.
II.
Nous devons descendre du Créateur aux créatures, de
Dieu a Y homme et au monde matériel. Que nous apprennent
les lettres et les sciences sur ces nouveaux termes de com-
paraison ?
On peut le dire, sans soulever aucune difficulté : aux
sciences appartient la connaissance du monde physique :
aux lettres la notion morale de l'homme.