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               DE LA PHILOSOPHIE CARTÉSIENNE.                      63

matérialisme finit par avouer sa défaite aussi bien que la sco-
lastique ; le cartésianisme triomphe au moment où meurt son
illustre fondateur.
   Ici s'ouvre à l'historien une nouvelle et plus difficile carrière ;
il s'agit de suivre dans l'espace et dans le temps les destinées
de ces grandes doctrines qui sont, en réalité, les vraies doctrines
de la philosophie française. Ainsi que M. Bouillier l'établit par-
faitement, le cartésianisme compta des disciples en Hollande
avant d'en compter en France ; c'est donc par l'histoire du car-
tésianisme hollandais que M. Bouillier a dû commencer cette
seconde partie de son ouvrage. Mais ce ne fut pas sans obstacle
qu'il triompha et nous trouvons d'abord les fureurs, les invec-
tives, les calomnies de Voëtius contre la philosophie nouvelle
et même contre la personne de son fondateur. Descartes finit
par triompher, et ses doctrines sont bientôt enseignées à Utrecht,
à Leyde, à Groningue, à Bréda et même à Louvain, malgré les
censures dont il avait d'abord été frappé par l'université catho-
lique de cette ville. Mais entre les mains de ces disciples cu-
rieux, investigateurs, novateurs, les doctrines du maître ne tar-
dèrent pas à s'altérer ; Geulinex et Bekker produisirent bientôt
Spinoza.
   L'histoire de la vie, des ouvrages et des doctrines de Spinoza
en métaphysique, en morale, en politique, doit tenir une grande
place dans un ouvrage dont le but est de faire connaître les
destinées de la.philosophie cartésienne. Aussi M. Bouillier leur
a-t-il consacré cinq chapitres entiers (t. I, p. 299-409) et plus
de cent pages, exposant avec sa clarté et sa facilité ordinaires
ces questions si ardues. Aussi croyons-nous que ces chapitres
compteront avec les belles études d'un de nos amis communs,
M. Emile Saisset, parmi les études les plus sérieuses auxquelles
les doctrines de Spinoza aient donné lieu. Je ne puis surtout
m'empêcher de signaler les quelques pages dans lesquelles
M. Bouillier démontre l'influ nce du Spinozisme sur les doc-
trines allemandes de Jacobi, de Fichte, de Schelling et de Hegel
et même sur les poètes, Novalis et surtout l'auteur de Faust.
  Après cette brillante et savante excursion dans le pays même