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DE LA PHILOSOPHIE CARTÉSIENNE. 57 être les représentants. En vain, depuis trente ans, la philosophie française, circonscrivant son action , rentrant dans son véri- table domaine, a-t-e!le rendu à l'autorité et à la foi le terrain que sa devancière avait envahi pour le ravager ; en vain est-elle devenue aussi spiritualiste que sa devancière s'était montrée matérialiste ; le coup a été porté , et la foule s'obstine à fermer l'oreille à des prédications éloquentes , quoiqu'elles enseignent, en théodicée et en morale, des doctrines aussi satisfaisantes pour la raison qu'irréprochables au point de vue religieux. Malheureusement cette grande et utile révolution , opérée au XIXe siècle, dans la philosophie française, n'a pas été générale, et, tandis que l'éclectisme réhabilitait, jusqu'à un certain point au milieu de nous , du moins chez tous les bons esprits, chez tous les hommes calmes et impartiaux, l'honneur compromis de la philosophie , un pays voisin de nous voyait la même science se compromettre par des excès inouïs et des scandales déplorables. Ce n'est pas ici le lieu d'exposer ce qu'a produit en Allemagne, depuis vingt ans, la science de l'absolu. Ce que sont devenues , dans les Universités allemandes , les doctrines hégéliennes, à quel degré de scepticisme et de révoltante immo- ralité sont arrivés les disciples d'un grand philosophe, c'est ce que personne n'ignore aujourd'hui, grâce aux savants travaux et aux révélations si curieuses et si tristes, d'un de nos collègues, M. Saint-René Taillandier. Il faudra de longs et persévérants efforts pour que la philosophie se relève des coups meurtriers qu'elle se porte à elle-même. Une autre cause, beaucoup moins avouable, plus énergique peut-être encore , du dédain qui atteint aujourd'hui les études philosophiques en France , c'est le profond changement qui, depuis vingt ou trente ans, s'est, insensiblement, à la longue , accompli dans l'esprit français. Au milieu des merveilles que l'industrie a fait éclore sous nos yeux , il y a eu une réaction presque générale des études spéculatives sur les études pra- tiques. Cette tendance n'a rien qui doive nous surprendre ; j'ajoute même , pour rassurer quelques bons esprits , qu'elle n'a rien qui doive trop nous alarmer. Le caractère français , avec sa