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308 NOTICE BIOGRAPHIQUE que la couronne du martyre. Le fameux dix août fut le prélude du vingt-et-un janvier ; et, ce jour-là , l'orateur de Mézières fut surpris aux Tuileries par cette horde de brigands qui venaient in- sulter au meilleur des rois et à la plus tendre des mères par leur fureur anarchique. Enfermé dans le cabinet du marquis d'Am- bray, auprès duquel il se trouvait ce jour-là par hasard, il ne put sortir de la demeure royale que sous les habits d'un em- ployé des cuisines du château. Prêtre fidèle aux saintes décisions de l'Église, l'abbé Bonnevie sortit bientôt de la France pour fuir la persécution qui faisait de nombreuses victimes ; il se rendit à Trêves , et de là à Co- blentz, où le duc de Choiseul s'empressa de le choisir pour en faire l'aumônier des houlans britanniques qu'il commandait. La campagne ayant été infructueuse, le jeune abbé quitta le régi- ment et se rendit à Dantzik , où se trouvaient déjà plusieurs ec- clésiastiques émigrés français. Comme il se promenait un jour sur la grande route aux environs de la ville, une chaise de poste s'ar- rête en sa présence : c'était celle du marquis de Boufflers, qui, l'ayant reconnu, lui adresse la parole avec amitié, et l'engage à se rendre à Berlin où se trouvaient plusieurs évêques polonais ; peut- être l'un d'entre eux serait-il bien aise de l'attachera sa maison. L'abbé Bonnevie suivit cette pensée ; il vient à Berlin, où il est présenté par le duc de Richelieu au prince évêque deWarmie, qui l'emmène dans sa ville épiscopale, et l'attache à sa personne, avec le titre de secrétaire intime. Warmie, autrement appelé Er- meland, est un petit pays de la Pologne, dans la Prusse orientale. La providence qui adoucissait les rigueurs de l'exil de l'abbé de Bonnevie, ne le trouva pas ingrat ; du fond de la retraite hono- rable qu'elle lui avait procurée, il voulut faire partager à l'ar- chevêque, duc de Rheims, qui était son supérieur ecclésiastique, et qui lui-même gémissait, loin de sa patrie, le bien-être dont il jouissait. 11 lui envoya une somme d'argent assez considérable pour ces temps malheureux, et nous nous faisons un devoir de faire participer nos lecteurs aux doux sentiments que nous avons éprouvé, en lisant la réponse si reconnaissante que M. Talley- rand de Périgord fit au charitable abbé :