page suivante »
M. A.-C.-H. TRIMOLET. 45
sur parole, enchanté de trouver le matin un jugement tout fait,
qu'il colportait pendant la journée et qui lui donnait un certain
air de connaisseur...
Cette polémique répandit promptement, et surtout en pro-
vince, une défaveur sur l'art et les artistes. 11 n'était plus de bon
ton d'admirer la peinture, mais au contraire de la critiquer. Ce
qu'on avait loué en nous devenait alors notre plus grand dé-
faut. — « C'est du microscopique, mon cher ; faites donc large !
mettez épais de couleur, et laissez aux religieuses ce travail
d'aiguille. — Vos peintures ressemblent à de la porcelaine, —
faites donc croustilleux et avec facilité ! — Voyez Bonington et
Delacroix, etc. ; — et chose singulière, ces mômes individus ve-
naient me trouver pour faire faire leur portrait, me recomman-
dant de les peindre finement, et de ne pas épargner les détails
que, disaient-ils, je faisais si bien ! — C'était à démoraliser la
meilleure tête !
D'autres tombaient sur le peu de génie des artistes lyonnais,
qui ne sortaient pas des chaudrons et des carottes, qui n'avaient
point d'idées poétiques ou dramatiques.—Ouvrez les annales
de notre histoire ! combien n'y trouverez-vous pas de faits pa-
triotiques qu'il serait glorieux à vos pinceaux de reproduire !
Pauvres gens! maintenant je les plains., mais alors ils me
tuaient! — Ils jetaient l'indécision en nous, et voulant forcer
notre organisation rebelle pour leur plaire, nous produisions
des absurdités.
Je restai quelques années l'esprit malade, et ne sachant que
faire, travaillant peu et n'osant montrer mes ouvrages ; faisant
des portraits pour m'occuper et purement comme métier.
A ce dégoût de ma profession vint se joindre une maladie ner-
veuse, à laquelle, peut-être, l'ennui de mon esprit n'était pas
étranger.
Si j'eusse été environné de personnes propres à relever mon
moral abattu ; de personnes capables de me faire comprendre
qu'il était encore glorieux de marcher de sa propre allure dans
la route des arts, de produire selon son organisation, selon ses
facultés, et que Terburg et Ostade n'avaient pas eu besoin d'où-