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                          LE SALON ni:    1885                        217

fleurs de M. VERNAY (614)! Combien supérieure surtout la Fantaisie
 d'automne, de M. Jacques MARTIN (401), un élève de M. Vernay,
 déjà remarqué aux précédents Salons, et dont la personnalité s'affirme
 aujourd'hui avec autorité ! M. Martin a un grand sentiment déco-
 ratif. Sa corbeille de fruits est arrangée avec un art et un goût
 exquis. J'aime moins la grosse fille, au type vulgaire, qui la présente,
 et dont le bras droit offre un raccourci fâcheux; mais je ne puis que
 louer sans réserves la coloration à la Jordaens, large et chaude, de
 toute cette toile.
   M. PERRACHON (470) me rappelle un peu ce musicien de vaude-
ville qui tirait toujours la même note de sa clarinette. Ce n'était pas
très varié, mais ceux qui aimaient cette note étaient ravis. M. Perra-
chon fait toujours des roses, mais tout le monde les aime. C'est son
excuse; et il faudrait être bien difficile, je le reconnais, pour ne pas
se laisser reprendre, chaque année, à l'art merveilleux avec lequel il
compose ses bouquets. Par le fondu harmonieux des tons, par la
délicatesse et la sobriété des agencements, ses roses d'aujourd'hui
valent celles d'hier; c'est assez dire.
   M. BERGERET (65) peint les huîtres comme M. Perrachon peint
les roses; et, si une exécution plus serrée des accessoires aidait encore
à l'illusion, l'eau viendrait à la bouche devant son tableau. Mêmes
éloges au pâté de foie gras de M. BELI.IS (58), aux crevettes de
M. PATTE (640) et à la langouste de Mllc Emma RONNER (539). Les
gourmets peuvent encore faire un bon petit déjeuner au Salon, sur-
tout s'ils profitent delà générosité de M. Olivier de COCQUEREL, qui
leur a apporté, cette année, avec son inévitable et irréprochable
 Truite de la rivière d'Ain (173), un surcroît de Fruits et gibier (172).
La Ville a acheté ce dernier tableau, et je l'en félicite, quoique cette
toile me paraisse un peu hâtivement brossée et pas très élégamment
agencée, mais elle fera connaître, dans la galerie des peintres lyon-
nais, un côté peu connu jusqu'ici du talent de M. de Cocquerel.
   La gent féline a en M. Charles MOXGINOT et en Mmc Henriette
RONNER de fidèles et spirituels interprètes. Devant la Boîte à surprise
 du premier (430), on se recule, pour n'être pas griffé par ce petit
 chat à l'air espiègle qui sort, comme un diable, d'une boîte à sel. La