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UN LYONNAIS : FRÉMONT 573 Au retour de cette expédition, dans laquelle le gouvernement lui avait conféré le grade de lieutenant du génie, il épousa une char- mante personne, Mlle Benton, fille d'un sénateur du Missouri. Mais il n'était point de ceux dont l'énergie peut s'assoupir dans la molle quiétude du bonheur domestique. Ses études constantes, ses diverses occupations, en développant ses facultés intellectuelles, éveillaient en lui une noble ambition. Il aspirait à rendre de nouveaux services à son pays, à se signaler par une tâche difficile, et il obtint une mis- sion dans laquelle il devait employer toute sa science et tout son cou- rage. Il fut chargé par M. Albert, colonel des ingénieurs topogra- phes,de parcourir l'immense espace qui s'étend à l'ouestduMissouri, afin de découvrir le moyen d'établir, par terre, une voix de commu- nication entre l'Océan Atlantique et les plages de l'océan Pacifique. Au mois de mai 1842, M. Frémont partit gaiement pour accom- plir cette importante mission. Il partit avec une trentaine d'hommes choisis par lui. Leurs noms, qu'il s'est plu à inscrire dans son rap- port, indiquaient leur nationalité : Lespérance Lefèvre, François la Tulipe, la Jeunesse, Clément, Benoît, Bernier, Badeau, tous, ou presque tous, descendants de ces hardis Français du Canada que Coopéra illustrés dans ses romans, dont MM. Mackenzie, Washing- ton, Irving, Simpson et autres écrivains ont préconisé la patience et l'habileté. Bateliers et chasseurs, passionnés pour la vie nomade, errant à l'aventure, tantôt seuls, tantôt associés à des caravanes, ils vont intrépidement d'une des extrémités à l'autre del'Amèrique du Nord, et pénètrent dans des déserts, où, avant eux, nul être humain n'avait mis le pied. Un officier anglais M. Ruxton, a fait un curieux tableau de ceux qu'il a rencontrés près des montagnes Rocheuses : « Nulle classe d'hommes, dit-il, touchant à la civilisation, ne se rapproche plus de l'état primitif des sauvages que les chasseurs de cette contrée. L'habitude de vivre solitairement leur donne un sin- gulier caractère de simplicité, uni parfois à une sorte de férocité. Sans autres besoins que ceux qui tiennent à la nature humaine, leur unique souci est de s'assurer l'aliment nécessaire à leur exis- tence, et les moyens de se garantir des rigueurs du climat. Ces moyens, ils peuvent toujours se les procurer à l'aide d'un bon fusil ; mais non sans de grands dangers et de rudes fatigues» Observateur