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                                BIBLIOGRAPHIE                                       527

orateur de l'antiquité. L'effort est parfois pénible. Mais il y a un vif intérêt dans
le roman ou plutôt dans la succession do tableaux qui compose cette monographie.
L'histoire finit banalement, comme dans la vie réelle. Les coups de revolver, les
suicides, les empoisonnements sont rares, heureusement, dans la réalité : ils
n'en constituent pas moins la monnaie courante des mille romans que pond à la
vapeur la race exécrable des feuillonistes en vogue. Rien de semblable chez M. de
Concourt. II a conscience de sadiginité d'écrivain et la respecte scrupuleusement.
    Mais il est un point sur lequel je me montrerai plus exigeant : c'est la ques-
tion de la langue. Loin de moi la pensée de contester en quoi que ce soit la
liberté illimitée de l'écrivain. « Qu'il soit bien entendu, dit à ce propos M. de
Goncourt dans la préface de Chérie, qu'il n'existe pas un patron de style unique,
ainsi que l'enseignent les professeurs de Véternel beau, mais que le stylo de La
Bruyère, le style de Bossuet, le style de Saint-Simon, le style de Bernardin de
Saint-Pierre, le style de Diderot, tout divers et dissemblables qu'ils soient, sont
des styles d'égale valeur, des stylos d'écrivains parfaits ». Conception pleine de
justesse. Mais en même temps il y avait le style du Pays, le plaisant         bouffon,
le style de Colletet, de Scudéri : et de tous ceux-ci la langue est enfouie dans un
 oubli profond dont rien ne saurait la tirer. Que lui manquait-il, pour passer elle
 aussi, à la postérité?'Il lui manquait les qualités dominantes de notre langue
 française, la clarté et la simplicité. Et c'est justement par là que pèche la prose
 des frères de Goncourt. Tourmentée, tiraillée pour arriver à produire un effet
 qui n'est plus inattendu, parce que longtemps d'avance le lecteur l'a pressenti,
 torturant le substantif dont elle veut faire jaillir l'adjectif ou le verbe, elle se
 traîne au milieu de l'embarras des phrases incidentes et de l'entassement des
 mots. Il est telle page dans la Faustin dont j ' a i vainement cherché à démêler le
 sens et à disséquer la contexture ; il en est plus d'une dans Chérie qui prête le
 flanc à la critique.
   Voilà quel est le reproche qu'on peut le plus justement adresser à M. de Gon-
court. En cherchant la vérité dans le style comme dans le fond même du roman,
n'a-t-il point pris une fausse route ? Et le prétendu naturalisme de sa phrase ne
serait-il pas, mis à la scène par un Molière contemporain, la préciosité du
xix° siècle?                                                 G H. LA VENIR.



    LETTRES SUR L'ADRIATIQUE ET LE MONTÉNÉGRO, par XAVIER MAEMIER,
       de l'Académie française. —• Paris. Victor Havard, éditeur, 1884. — Un vol.
       in-18jésus. Pris : 3 fr. 50.

   M. Marinier, l'aimable conteur que l'on sait, a visité, il a une trentaine
d'années, cette région fort curieuse, paraît-il, et peu fréquentée, malgré cela,
par les touristes, qui forme la côte orientale de l'Adriatique. Son voyage, publié
sous forme de lettres, dans une Revue de l'époque, paraît aujourd'hui en volume.
Bien que pas mal de choses aient changé d'aspect depuis le temps où l'auteur
parcourait la Dalmatie et le Monténégro, son livre n'en est pas moins plein d'in-
térêt par le grand nombre de souvenirs historiques qu'il réveille et p a r l e s études
sur les mœurs et la littérature des pays qu'il a traversés. Le ton du narrateur
est d'une charmante bonhomie, ses idées sont généreuses et élevées, son style
coulant et facile. Il n'abuse pas de la description, sait varier agréablement sou