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BIBLIOGRAPHIE 429
SOUVENIRS ANECDOTIQUES SUR LA TURQUIE (1820-1870), par WANDA,
— Paris, Librairie de Firrain Didot. 1884.— Un vol. in-18 Jésus.— 3 fr. 50,
Il a été rendu compte ici même, le lecteur se le rappelle peut-être, de deux
ouvrages concernant l'Islam qu'a publiés précédemment la maison Didot : le
curieux livre de M. Nicolaïdy et le très remarquable volume de M. Léon Roches
sur l'émir Abd-el-Kader. Nous voici transportés de nouveau dans ce monde
musulman, si étrange, si différent du nôtre, et en même temps si intéressant .Ã
étudier. L'auteur des Souvenirs aneedotiques sur la Turquie, qui a longtemps
habité ce pays et qui y a oecupé de hautes positions, a, pour en parler, une
compétence indiscutable. Retiré de la vie publique, il a consacré ses loisirs à rap-
peler les événements dont il a été témoin ou dans lesquels il a figuré. Il fait
défiler devant nous les sultans, les généraux, les femmes du harem, les fonction-
naires, non point groupés dans un tableau d'histoire, mais isolés chacun dans
son cadre. Il nous présente les personnages les uns après les autres, sans pré-
tention, simplement, comme un ami qui raconte à un ami ses souvenirs ou ses
voyages. On ne saurait analyser un livre fait de la sorte : il n'y aurait qu'Ã gla-
ner de ci de là , parmi les traits rapportés, ceux qui présentent un intérêt plus
marqué. Et certes la moisson serait abondante. Je me contenterai de citer l'opi-
nion que professait le sultan Abdul-Medjid à l'endroit de la polygamie. C'était Ã
l'occasion du voyage à Constantinople du grand-duc Constantin Nikolajewitoh et
de la grande-duchesse, sa femme. Cette princesse fit sur l'esprit du sultan une
impression profonde et il ne pouvait se lasser de répéter : « K n'est pas étonnant
que les chrétiens se contentent d'une seule femme quand ils en ont de si char-
mantes. Je donnerais volontiers la volée à mes jolis oiseaux du harem. Rien ne
nous empêche autant de vivre par l'âme et par le cœur que l'influence de nos
harems. A cela, ni le calife, ni le sultan ne peuvent remédier, car le fanatisme
veille, les vieilles coutumes nous lient. A notre volonté, on opposera le crime au
besoin pour nous empêcher de nous en affranchir ».
Les quelques paroles d'Abdul-Medjid me semblent trancher plus définitivement
la question delà polygamie que ne le feraient deux douzaines de philosophes et
de moralistes,forts de leur poudreux arsenal d'in-folio et d'oiseuses dissertations.
CH. LAVENIR.
LA BÉATE, par AIMÛ GmoN. — Paris, 1884. Blériot et Gautier, libraires-
éditeurs, 55, quai des Grands-Augustins.—Un vol. in-18 Jésus. Franco : 3 fr.
On reproche souvent, et non sans quelque fondement, Ã ce que l'on appelle les
bons romans, d'être mal écrits et de ne point chercher à se faire lire de ceux
qui ont quelque souci de la forme littéraire. Les auteurs de ces livres, assure's
d'une clientèle qui se recrute spécialement dans les bibliothèques paroissiales,
dans les maisons d'éducation, ne se préoccupent en général que de produire beau-
coup et de faire vite. Ce sont là des habitudes regrettables et dont il serait Ã
souhaiter de voir ces écrivains se corriger. Je suis heureux d'avoir à leur pro-
poser aujourd'hui comme modèle un auteur qu'ils feraient bien d'imiter. Je
veux parler de M. Aimé Giron, et de son livre : La Béate.
Voilà un roman essentiellement honnête, profondément moral, et qui, à ces
qualités fondamentales, réunit de la manière la plus heureuse le charme du style,