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394 LE COURS DES LIVRES
la Rodogune avait cédée à l'amiable; elle n'était plus dispo-
nible; la librairie Morgand l'avait acquise pour la somme
de 30.000 francs. Or, elle était entrée dans le cabinet de
M. de Sauvage pour 18.000 francs seulement. Au surplus,
on n'a pas manqué de dire que si le vendeur avait laissé le
livre affronter les enchères, les 30.000 francs eussent été
dépassés. C'est fort possible, étant donnés le courant et
l'entraînement. De ce courant, bien d'autres livres encore,
quoique vendus au prix de 15.000 francs, ont témoigné
pareillement. Je n'en cite que deux à titre d'exemples.
Le n° 19, une édition quelconque des Provinciales en
deux volumes, mais dans une reliure doublée aux armes de
de Mrae de Chamillard, a été adjugée 10.400 francs.
Veuillez suivre les étapes de l'exemplaire : dans l'inventaire
qui suivit la mort de Mrae de Chamillard en 1731, on le
prisa 15 livres. En 1856, chez Parison, il atteignit
355 francs aux enchères; puis r.620 francs en 1868, à la
vente Brunet; puis io.coo francs à la vente du marquis de
Ganay en 1881; puis 9.250 francs chez M. de Mosbourg
en 1893.
Le n° 73, un exemplaire du Tèlèmaaue de 1717, aux
insignes de Longepierre, avait été adjugé 5.050 francs à la
vente Lacarelle en 1888; il a atteint 9,000 francs le 9 mars
dernier.
Le lecteur va se demander ce que je conclus de tout
cela ? J'en tire des conclusions diverses.
Je commence par la première, qui me réjouit : le goût
des livres n'est pas prêt de disparaître chez nous, puisqu'il
y a des amateurs toujours prêts à surenchérir sur les prix
qui, dans le passé, et parfois ce passé est d'hier, auraient
paru énormes, colossaux, presque invraisemblables.
Seulement, leur attention ne semble se porter que sur