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308 CAUSERIE D UN BIBLIOPHILE eu une cabale montée par quelques aigrefins de la brocante, comme cela arrive quelquefois ? ces racontars ne sont pas parvenus encore jusqu'à nous, naïfs provinciaux ( i ) . Le livre-bibelot, le livre de provenance a eu son triomphe dans la vente du comte de Sauvage : 119 numéros réalisant 258,000 francs. Dans cette voie où s'arrêtera-t-on, car on monte toujours ! Une reliure aux armes, chiffres et emblèmes de Henri II et de Diane de Poitiers, recouvrant un volume latin peu attrayant et médiocrement curieux, Adamanlii Origenis de recta in Deum fide dialogus, Lut. Michaelis Vas- cosani, 1556, s'est vendu 21,000 francs. Cette bibliothèque de M. de Sauvage est le type de la collection à la mode; livres réunis à la hâte, à coups de billets de banque pour l'ébahissement de la galerie, et dispersés quelques mois après. C'est le sort des collections de ce genre qui se forment aujourd'hui. La plupart des livres de M. de la Roche La Carelle, vendus en 1890, de ceux de M. de Lignerolles, vendus en 1894, ont déjà changé deux ou trois fois de propriétaire. Sur le catalogue Sauvage, je relève au hasard 15 numéros provenant de ces deux bibliothèques célèbres. Leur prix de vente avait atteint, en 1890 et 1894, 47,675 fr., cet hiver ils ont produit un total de 59,260 francs, soit une plus-value de près de 25 pour 100. On ne s'attache plus à rien, on n'aime rien; la biblio- (1) Au dernier moment, je reçois une obligeante communication de MM. Eni. Paul et fils et Guillemin, dont j'extrais le passage suivant qui explique en partie cet incident : « Beaucoup ont regretté d'avoir laissé adjuger cette trousse à ce prix. Mais malheureusement, amateurs ou libraires, étaient persuadés que le possesseur de cet objet ne le laisserait partir qu'à un prix très élevé et se sont abstenus de donner des ordres ou de le pousser à un prix supérieur ».