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246 L'INDUSTRIE DE LA SOIE deux siècles, car on sait, par des lettres du garde de la prévôté de Paris de juin 1275, qu'à Paris, lesfikressesde soie tordaient la soie écrue. Girardi et Matteo Orsenico montèrent à Avignon, le premier en 1464, et le second en 1470, des moulins italiens. En 1466, Louis XI fit venir d'Italie à Lyon, avec lesfillateurset apparilkurs de soye, dont on a conservé les noms, « des molins et autres ustensilz. » Puis on apporta les moulins à la bolonaise, les moulins de Crémone et ceux de Florence, moulins « à desvuyder, à filler, à tordre et à retordre. » Qui sait, tant nos ouvriers devinrent vite familiers avec les procédés italiens, si l'on n'apporta pas aussi un de ces anciens traités italiens de l'art de la soie, écrits au xive et au xve siècle, et qui font si bien connaître par le menu les méthodes usitées en ces temps éloignés? Dans un d'eux, conservé à la Bibliothèque nationale, description est faite avec clarté du dévidage, du purgeage, du filage (pris avec le sens de tordage d'un bout), du doublage, du tordage (de deux bouts) et du retordage, tels qu'on les pratiquait à Florence au xive siècle, et cette description est accom- pagnée de comptes de façon et de rendement qui four- nissent plus d'explications qu'on n'en trouverait dans aucun de nos ouvrages techniques actuels. Le matériel italien, peu à peu transformé et perfectionné, était devenu tout à fait nôtre au xvnr siècle ; les Italiens se l'appro- prièrent à leur tour. Nous avions pris alors sur eux une large avance que, dans l'ensemble, nous n'avons conservée qu'en partie.