page suivante »
292 HISTOIRE Ã>V BEAUJOLAIS
efforts contraires. Néanmoins, il planait sur elle comme une
éventualité menaçante. A chaque mutation de propriétaire,
on renouvelait le titre, et, bien que le seigneur ne pût pas s'y
refuser, la sécuiilé était incomplète. Notre article témoigne
de celte inquiétude.
D'autres articles, témoignent d'une inquiétude analogue,
mais fondée sur d'autres motifs. La violence était tellement
dans les mœurs, le droit incertain était tellement le jouet de
la cupidité et de la force, que nul ne se fiait h l'inviolabilité
d'un contrat. C'est ce qui explique des dispositions dans le
genre de celle-ci :
« Si un chevalier, l'Eglise ou tout autre a cédé à un bour-
geois de Yillefranche, Ã charge de redevance, une terre quel-
conque, de quelque nature que soil sa redevance, il ne pourra,
par la suite, poursuivre le bourgeois ou son héritier pour
reprendre la terre (1). »
El encore : « Si quelqu'un a vendu sa propriété, qu'il ne
soil pas entendu dans la réclamation qu'il ferait ensuite pour
la reprendre (2). »
Tout cela pour dire chose vendue esl vendue. Triste état
social où les transactions les plus simples de la vie civile ins-
pirent de telles appréhensions. El l'on n'était pas libre de
fuir pour chercher sous un autre ciel la sécurité sans laquelle
nul bien-être n'esl possible. Comme le colon et le serf des
campagnes étaient -rivés à la (erre, le bourgeois était rivé Ã
la ville, il fallait travailler et mourir sur ie sol natal. Les uns
el les autres étaient la propriété du seigneur et ne devaient
pas se voler eux-mêmes à leur maître. Aussi, faut-il consi-
dérer comme une grande faveur la disposition suivante que
nous regarderions aujourd'hui comme superflue :
(1) Ch. de 1260, art, 51. Beaujiu, 55.
(2) Ch. de 1260, arl. 52 » 56.