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UNE NOCE. 137
jouissait M. Girard, et absorber, à son tour, toutes les facultés
aimantes de Louise et par conséquent, ne trouver que faiblesse
et tendre soumission pour lui dans celte âme fière qui lui sem-
blait devoir et vouloir tout dominer.
Louise, de son côté, reprit bientôt dans ses souvenirs assez
d'amitié pour ne pas voir son cousin aussi indifféremment que
ses autres danseurs. Frédéric vint quelquefois chez M. Girard,
assez pour se montrer sous un jour favorable ; assez peu pour
ne pas s'exposer à détruire de lui-môme la bonne impression
qu'il produisait. Aussi lorsque M. Husson, notaire à Vienne,
demanda au printemps la main de sa nièce pour Fre'déric,
celle proposition de mariage fut assez favorablement accueillie.
M. Girard, il est vrai, ne voulut rien décider par lui-môme et
donna pleins pouvoirs à safille; mais celle-ci autorisa les visites
de Frédéric aux Grandières, à condition cependant qu'il ne
les commencerait qu'aux vacances, c'est à dire au moment de
l'ouverture de la chasse. Ce demi-consentement ne satisfit pas
tout à fait M. Husson le père qui souhaitait vivement ce ma-
riage, mais il rendit Frédéric fort heureux, car il puisa les
plus belles espérances dans l'émotion que ne put dissimuler au
moment de son départ pour la campagne,celle charmante jeune
fille à laquelle les gens les plus difficiles ne reprochaient que
son calme trop absolu.
Fidèle à ses engagements, Frédéric avait laissé s'écouler
les quatre mois qui le séparaient de l'époque fixée, sans venir
aux Grandières ; après avoir écrit pour s'annoncer, il arrivait
de» le 15 septembre, avec un attirail de chasseur propre Ã
cacher h tout le pays le vrai motif de ses visites; car la con-
dition que Louise y avait mise lui avait parue inspirée par cette
prudence qui se protège contre la curiosité des voisins de cam-
pagne, par les précautions les plus calculées. C'était là une
pure supposition, mais notre avocat, possédé du génie de son
métier, faisait des hypothèses à propos de tout. Il en faisait
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