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297 ïiiier poème régulier VItalia Liberata da Gothi, moule sy- métrique et glacé dans lequel le Tasse va bientôt couler l'ar- dent métal de son génie. Né aux bords de la mer de Sorrente, celui-ci fut élevé dans le nord de l'Italie; c'est à l'univer- sité de Padoue que fut formé son esprit aussi puissant que son imagination; c'est à la cour de Ferrare que se développa sa sensibilité, si féconde en douleurs. Aux mêmes lieux, Guarini, cet Albane de la poésie, donna le signal de la déca- dence, par les douceurs immodérées de ses vers. Au dernier siècle, lorsque la littérature italienne sembla vouloir renaître encore une fois, Maffei se rencontra à Vérone, et Alfîeri à Turin, pour seconder son essor de toute ia puissance de leur savoir et de leurs mâles pensées. C'est entre ces deux points extrêmes, à Milan, qu'est né Manzoni dont le nom doit être placé au premier rang parmi ceux des poètes qui, dans notre siècle, ont élevé l'art au niveau des plus grandes idées et des plus grandes époques. Dans cette revue de tous les enfants prédestinés qui ont reçu la glorieuse empreinte des Alpes, il faut que j'en cite un qui est né de l'autre côté des Monts, mais qui est pour nous la plus vive image de leur génie. Je veux parler de Rous- seau, qui a donné à notre nation les institutions et les mœurs dont elle s'honore, qui a rendu à notre langue toute la poé- sie, toute la beauté dont elle est redevenue capable. Oui, à travers la distance des temps et des lieux, c'est à Rousseau que m'a fait songer la vue du berceau de Virgile ; et la com- paraison de ces deux grands esprits, que j'ai faite là , malgré moi, me paraît jeter un jour nouveau sur la destinée du poète d'Auguste. Faisons-nous une image de la situation de Rome et du monde au temps de Virgile. Songeons d'abord à tout ce que Salluste a dit, a tout ce que Tacite va bientôt dire. Souve- nons-nous de cette guerre que Jugurtha faisait plus encore