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   Enfin nos élèves parviennent au troisième et dernier éche-
lon de l'art d'écrire, à la composition; et c'est ici surtout que
se dévoile le but général des études littéraires, le développe-
ment de l'intelligence. En effet, veuillez songer un instant en
quoi consiste le travail de la composition.
   Ecrire, c'est communiquer sa pensée, c'est transvaser son
ame ; c'est transporter pièce à pièce dans l'esprit d'un autre
une mosaïque intérieure formée dans notre esprit. Songez
quels soins exige cette transmission, comme il faut bien se
rendre compte de toutes les parties de son idée, de leur ordre
légitime, de leurs rapports mutuels, en un mot, comme il faut
bien penser pour bien écrire.
   Mais la composition ne se contente pas de vérifier nos idées,
elle les complète et les perfectionne. Quand une pensée germe
dans notre esprit, rarement il arrive qu'elle soit d'abord par-
faitement développée ; toutes les parties en sont comprimées,
confondues: c'est une fleur dont les pétales, plissés encore
dans leur frêle tunique, ne peuvent la briser pour éclore qu'au
souffle de la réflexion. Eh bien ! pendant la composition, ce
souffle bienfaisant épanouit la pensée; les mots dont nous
nous servons étant nécessairement successifs, viennent déplis-
ser une à une toutes les feuilles de notre idée, font pénétrer
dans les interstices l'air et le jour, assignent à chacune d'elles
sa place, sa subordination, son développement relatif. C'est
ainsi que l'idée, germe d'abord informe, jaillit et se déploie par
une riche végétation.
  L'exercice de la composition contribue donc puissamment
à développer l'esprit ; il sert aussi à en prévenir les écarts
en révélant à chaque instant au professeur l'état intérieur de
son élève. L'homme ne peut agir immédiatement sur l ' a m e d e
son semblable ; le maître ne peut apercevoir directement l'es-
prit de son disciple, et cependant il doit le former. Il doit fa-
çonner cette cire flexible, et pourtant il ne peut îa voir. Com-
ment senlira-lil les progès de son travail ? Comment en
appréciera-t il les fautes? —• Nous avons un magique mi-