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pelle celui d'Horace (1). Dans ses mythes il est presque tou-
jours païen ; quelquefois il penche vers le dogme chrétien^
surtout quand il y trouve l'occasion d'un trait ingénieux (2);
alors Ausone, en bon rhéteur,
Est fidèle à sa pointe encor plus qu'à l'Olympe.
Ainsi Ausone poète, l'Ausone que nous avons entre les mains,
et duquel seul nous avons à nous occuper, n'était pas chré-
tien.
Resterait donc à savoir si l'eau du baptême a coulé sur le
,front de l'homme qui s'appelait Ausone. La question réduite
à ces termes intéresse fort peu l'histoire littéraire. Nous con-
sentons que les critiques zélés pour son salut le baptisent sur
ses vieux jours (époque qu'attendaient alors les chrétiens
même les plus fervents). Mais qu'ils lui laissent auparavant
composer la presque totalité de ses ouvrages ; qu'ils attendent
même qu'il soit parvenu à une extrêmevieillesse; car il était
déjà bien vieux quand Paulin lui reprochait son attachement
au polythéisme :
Née crimineris impium.
Pietas abesse a christiano qui potest ?
Namque argumentum MOTUCM EST,
Pietatis esse ehristianum, et impii
Non esse Christo subditum.
— Quem qui colit mvx
Hic verememor est cœli (3).
Qu'ils lui fassent alors composer, s'ils y tiennent, son poème
(1) Epig. 38. Qualem velit amicam.
(2) Très deus unus.
(3) Ne m'accuse pas d'impiété. La piété peut-elle manquer à un chrétien?
Je pourrais te renvoyer à l'accusation : la piété consiste à être chrétien, l'im-
piété à n'êlre pas soumis au Christ. L'adorer lui seul, c'est-là vraiment se
souvenir du ciel.