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pices, le Gier forme deux cascades principales. A l'inférieure.,
l'eau tombe d'une hauteur de vingt-cinq à trente mètres.
Avant de quitter le rocher devant lequel elle doit se précipi-
ter presque verticalement, elle parcourt un plan incliné où
elle acquiert une impulsion qui tend à la pousser selon une
direction très-oblique. Animée par deux forces, par la pesan-
teur et par la force d'impulsion acquise en parcourant le plan
incliné, elle décrit une parabole d'un mouvement lent qui
permet d'observer les dispositions que prend le liquide. Il
se partage en masses mouvantes d'une grande blancheur, qui,
quoique tournoyant, comme d'immenses touffes de duvet
agitées par le vent, conservent leur position relative, tout
en se divisant et se subdivisant successivement. A peine l'eau
a-t-elle parcouru quelques mètres, que, sollicitée par la
pesanteur; seule, elle prend une direction verticale, acquiert
un mouvement accéléré , e t , avec une très-grande vitesse,
elle se précipite sur un rocher qui l'éparpillé en gouttelettes,
dont les plus grosses arrosent le sol à plusieurs mètres de
distance, et dont les plus fines se disséminent sous forme de
brouillard ou se dispersent en une vapeur invisible qui ra-
fraîchit l'air des environs.
   A l'exception de quelque- parties recouvertes par des blocs
de pierre, le mont Pilât est tout en forêts, en bruyères,
en pâturages ou en prés. On ne trouve des terres cultivées
qu'à une grande distance du sommet de la montagne. Heu-
reusement les habitants de ces campagnes sont habitués aux
privations. Huit mois de neige dans l'année, une vie isolée
dans des maisons bien moins propres que la plupart de nos
écuries, du mauvais pain de seigle, quelques pommes de
terre, du lait de chèvre et de vache en été, voilà l'existence
ordinaire de ces bienheureux campagnards ; bienheureux, car
« c'est le jouir, non le posséder, qui nous rend heureux. »
(Montaigne) ; et comme ils n'ont pas eu les sens blasés par
l'abondance et la variété, ils consomment avec jouissance
les productions chétives et peu savoureuses de leur sol. Ils