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L'instruction judiciaire et criminelle dura plus de cinq mois.
Les accusés subirent leur dernier interrogatoire sur la sel-
lette. Un seul des accusés parut repentant, et versa même
des larmes abondantes pendant tout le temps du p r o c è s , ce
fut Reteaux de la Villette. Mme de Lamotle s'assit sur la sel-
lette avec un air plein d'impudence ; il fut permis au cardi-
nal de s'asseoir sur un fauteuil ; son interrogatoire dura plus
de deux heures. Ensuite, Cagliostro et d'Oliva furent interro-
gés. Enfin l'arrêt fut prononcé. Le comte de L a m o t t e , con-
tumace , fut condamné au fouet, à la marque et aux galères
à perpétuité; ileteaux de la Villette, au bannissement per-
p é t u e l , sans fouet ni marque; son repentir toucha probable-
ment les juges; M me de L a m o t t e , ad omnia extra mortem, c'est-
à-dire qu'elle serait fouettée par le bourreau et marquée sur
les deux épaules d'un double W5 la corde au c o u , et enfer-
mée à l'hôpital pour le reste de ses jours. La d'Oliva fut mise
hors de cour ; Cagliostro fut déchargé de l'accusation et mis
de suite en liberté; le cardinal de Rohan fut sévèrement
réprimandé et déchargé ensuite de l'accusation ; mais il ne
fut mis en liberté que le 1 e r juin 1786, à dix heures du soir ;
le baron de Breteuil lui signifia les ordres du roi, qui étaient:
1° de ne pas sortir de chez lui, 2° de ne recevoir ses parents
et hommes d'affaires que pendant trois jours ; 3° de se rendre
après ce délai dans l'abbaye de la Chaise-Dieu, en Auvergne,
et d'y rester jusqu'à nouvel o r d r e ; 4° de donner sur-le-champ
sa démission de sa charge de grand-aumônier. Le pape in-
terdit de m ê m e au prince les insignes de la prêtrise et du
cardinalat. Louis de Rohan fut cruellement puni de sa foi aux
discours d'une femme intrigante et de son vif désir de gagner
la faveur d'une reine. Ainsi agissent les courtisans ; tout leur
 est bon pour parvenir ; pour un sourire du pouvoir, ils met-
 tent en jeu l'honneur et la vie. Insensés !

    La comtesse de L a m o t t e , qui avait été mise à la Sal-
p é t r i è r e , s'en évada en juin 1787. Elle se réfugia à Lon-
dres , où elle publia ses mémoires, réimprimés en France.