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                    LE COLONEL COMBES                    265

   « — Oui, jnon général : pas un homme ne s'arrêtera ;
pas un coup de fusil ne sera tiré.
   « — Combien pensez-vous perdre d'hommes dans le trajet ?
   « — La colonne sera forte de quatre cent cinquante
hommes; j'ai calculé cette nuit qu'il ne se tirerait pas en
avant de la brèche plus de quatre cents coups de fusil par
minute; le quinzième au plus des coups pouvant porter, je
ne perdrai pas plus de vingt-cinq à trente hommes.
   « — Une fois sur la brèche, avez-vous calculé quelles
seront vos pertes ?
   « — Cela dépendra des obstacles que nous rencontrerons.
L'assiégé aura dans ce moment-là un grand avantage sur
nous ; la moitié de la colonne sera vraisemblablement
détruite.
   « — Pensez-vous que cette moitié étant détruite, l'autre
moitié ne fléchira pas ?
   « — Mon général, les trois quarts seraient-ils tués,
fussé-je tué moi-même, tant qu'il restera un officier debout,
la poignée d'hommes qui ne sera pas tombée pénétrera
dans la place et saura s'y maintenir.
   « — En êtes-vous sûr, colonel ?
   « — Oui, mon général.
   « — Réfléchissez, colonel.
   « — J'ai réfléchi, mon général, et je réponds de l'affaire
sur ma tête.
   « — C'est bien, colonel; rappelez-vous et faites com-
prendre à vos officiers que demain, si nous ne sommes pas
maîtres de la ville à dix heures, à midi nous sommes en
retraite.
   « — Mon général, demain, à dix heures nous serons
maîtres de la ville ou morts. La retraite est impossible; la
première colonne d'assaut du moins n'en sera pas. »