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122 VINGT-SEPT ANNEES Pendant la marche en avant, du 13 au 2r, « le temps et les chemins furent affreux au-delà de toute expression (1). Au surplus, nous avions été trompés sur les distances comme sur toutes choses. Constantine est de dix lieues plus loin de Bône qu'on ne nous l'avait dit. Le 21 enfin, après avoir passé trois rivières à gué, nous arrivâmes, à trois heures, devant cette ville mystérieuse, moins considé- rable, à mon avis, qu'Alger, mais très supérieure à l'idée que je m'en étais faite. Il y a trente établissements, je ne sais lesquels, mais vastes et imposants. Les maisons, entassées sans intervalle, n'ont pas les toits à l'italienne, mais à l'européenne; les rues semblent être aussi étroites qu'à Alger. « L'étendard d'Achmet flottait sur la principale batterie : quelques boulets avaient salué notre arrivée, et les espé- rances du quartier général ne semblaient pas fort dimi- nuées. La i re brigade passe le Rummel et s'empare, après une faible résistance, du plateau d'où devra partir la seule attaque redoutable à la ville. Ayant, par ordre du Maré- chal, devancé la 2e brigade, je m'apprête à suivre la i re , quand un ordre me retient à mi-côte du plateau de Man- soura, du sommet duquel le Prince et le Maréchal considè- rent la ville et le mouvement du général de Rigny. » Une pluie torrentielle ayant grossi le Rummel, il n'était plus guéable une heure après le passage de nos troupes : toute communication avait cessé entre les deux fractions de l'armée. Le 22 au soir, un carabinier, Maurembles, « tra- versa à la nage et au péril de sa vie (2) les deux torrents (1) C'est Changarnier qui écrit. (2) C'est Ernest de Castellane qui parle.