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                 UN VIEUX DE TRENTE ANS                       85

fièvre s'empara de nouveau de Louise Muller, elle dut
encore s'aliter, cette fois-ci pour ne plus se relever !
   Le 26 mars 1871, pendant que Lyon était en liesse, que
ses habitants jetaient des rieurs et des couronnes aux survi-
vants des mobiles du Rhône, dont les bataillons revenaient
décimés mais invaincus de Belfort, un cercueil était des-
cendu de l'un des galetas d'une vieille maison du quartier
Saint-Georges; quatre porteurs le mettaient facilement,
tant il était léger, sur leurs robustes épaules et, précédés
d'un vieux prêtre et d'un enfant élevant vers le ciel une
 croix argentée, ils prirent le chemin qui conduit à la der-
 nière demeure; personne ne suivait le convoi, aucune
 couronne ne cachait le drap noir qui recouvrait la modeste
 bière ; arrivé à l'église, le curé qui aimait les pauvres gens,
 avait, malgré la gratuité du service, dit une messe pour le
 repos de l'âme échappée du corps qu'il accompagnait au
 champ du repos. -Au cimetière de Lovasse, la bière avait
 été descendue hâtivement dans la fosse avec, pour seul
 gémissement, le râlement sinistre des cordes sur le sapin
 dégrossi; l'eau bénite, jetée par le prêtre sur le cercueil,
 avait été les seules larmes versées pour dernier adieu à la
 pauvre dépouille mortelle abandonnée et la terre s'était
 croulée et avait renfermé à jamais le corps inerte et glacé
 de Louise Muller, de la jeune veuve du mobile tombé au
 champ d'honneur, de la douce et simple Alsacienne morte
 de douleur, morte de misère, n'ayant pu survivre à son
 époux ni à la perte de sa chère Alsace !

                                           Joseph   BERGER.