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                           ET LES BÉNÉDICTINS                ÃJ

supportables dans le christianisme. Mais par la grâce de
 Dieu je commence à respirer depuis que j'ai été aussi heu-
 reux pour me trouver à cette sainte et édifiante prédication
 que vous avez faite, il y a quelques jours, sur l'évangile du
 mauvais riche; elle me charma aussi bien qu'un grand
nombre de personnes de qualité qui sont bien résolues d'en
faire leur profit. Mais surtout votre savante explication du
chapitres des Proverbes me rassura beaucoup contre la
morale sévère et outrée de quelques visionnaires. Elle me
fit connaître par une surprise tout à fait agréable que je suis
plus homme de bien que je ne pensais et que le St-Esprit
avait fait mon éloge en faisant celui de la femme forte. Je
pourrais même prétendre, sans vanité, y avoir plus de part
que cette illustre et sainte héroïne. Car vous savez, mon
Révérend Père, comme on a raffiné sur toutes choses depuis
ce temps-là et jusqu'où va le luxe des habits et la délica-
tesse de la bonne chère. Je fais en tout cela le mieux qu'il
m'est possible et je vous assure que je n'y épargne rien à la
réserve de quelque chose que j'aie soin de faire distribuer
aux pauvres pour n'avoir pas une destinée pareille à celle
du mauvais riche. Me voilà donc en sûreté de ce côté-là,
mon Révérend Père.
    « Mais que j'ai de regret d'avoir manqué le sermon que
vous fîtes, le dimanche suivant, où vous distinguâtes trois
sortes de morales. Il n'est que trop vrai que Dieu nous
abandonne quelquefois, quand nous ne répondons pas
fidèlement à sa grâce. Mais je ne pus résister à la prière
d'une dame qui m'engagea à passer l'après-dînée avec elle.
Je m'en console néanmoins dans l'espérance que vous apai-
serez encore les troubles de ma conscience sur d'autres
chapitres qui ne sont pas moins importants et particulière-
ment sur celui de la galanterie qui est fort à la mode. Vous
   Nu i. — Janvier 1894.                                 2