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               CHRONIQUE LOCALE.
   Nous ne dirons pas, comme un spirituel écrivain de Paris,
que les concerts ont sévi cette année à Lyon avec une rigueur
inaccoutumée ; au contraire, prenant parti pour la musique,
nous avouerons notre vive satisfaction de voir le goût des
réunions artistiques se répandre si généralement dans notre ville,
et nous proclamerons bien haut, non seulement qu'il y a eu
beaucoup de concerts , mais, ce qui vaut mieux, qu'ils ont été
très-suivis. La musique est bonne conseillère et sa réputation
moralisatrice remonte à une antiquité reculée ; prêchons donc la
croisade en faveur de l'harmonie pour le bien de l'humanité.
    Nous ne rappellerons pas les magnificences du concert donné
au profit des petites filles des soldats, c'est une fête dont le
 succès a été exceptionnel et qu'il ne faut pas espérer d'égaler
l'année prochaine, quoique ces pauvres enfants, dont les pères
sont partis, aient plus besoin de secours que jamais ; nous glis-
serons sur le concert de M. Vizentini, organisé et conduit par
M. George Hainl, avec ce talent et cette habileté qu'on lui con-
naît; nous ne dirons qu'un mot d'une messe de M. Besnier, assez
 bien écrite et qu'on a exécutée au Cercle-Musical ; nous ne nous
 arrêterons pas plus longtemps sur le concert annuel de M. Pontet,
 malgré les services que cet artiste éminent rend à l'art musical à
 Lyon, et quoiqu'il nous ait fait connaître la voix admirable et le
 talent de premier ordre de Mme Bochkoltz-Falconi, le jeu bril-
 lant de M'le Dorville et la voix superbe mais encore peu exercée
 de M. Canaut, nous passerons toutes ces réunions closes par la
 soirée musicale donnée le 30 avril par M. Grignon, et, pour
 montrer combien le sentiment de la musique a fait des progrès,
 nous signalerons simplement les succès d'une artiste pleine de
 goût, de verve et de talent, et qui est appréciée ici avec autant
 de tact et de délicatesse qu'on pourrait le faire à Paris.
    Les représentations du Grand-Théâtre, grâce à Mme Van den
 Heuvel, si bien secondée par M. Achard, sont de véritables fêtes
 musicales du caractère le plus distingué. Il semblait que dans
 le Barbier, la Fille du Régiment, le Songe d'une nuit d'été, cette
 excellente artiste avait donné Ja mesure de ce qu'elle peut faire,
 mais la reprise de la Somnambule, de Bellini, a prouvé que la
 perfection du chant n'est pas limitée pour le vrai talent. On
 s'attendait bien à l'admirer, mais en l'entendant si parfaite dans
 le rôle d'Aminé, on a été surpris et ému. Jamais elle n'avait
 réuni autant de chaleur sympathique à autant de délicatesse. Ce
  qui distingue son chant c'est la suavité du contour de la phrase
  musicale, la pureté de ligne, une sorte de maîtrise et d'infailli-
 bilité dans le goût qui en font une artiste à part ; sous ce rap-
  port nous croyons qu'elle n'a pas d'égale. On sent qu'elle a reçu
 la vraie tradition, sans intermédiaire, et pour ainsi dire à sa
  source dans les leçons et les conseils de son illustre père ; mais
  ce qu'on ne lui soupçonnait pas , c'était la faculté d'empreindre
  son chant d'autant de passion, de sensibilité et de tendresse
  dramatique.