Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                CONSIDERATIONS SUR L ÉPOPÉE.                 99

   Si maintenant, Messieurs, nous jetons un coup d'œil sur
les autres épopées sorties de la main des hommes , et si
nous arrêtons un instant nos regards sur la plus grande,
la plus originale et la plus poétique peut-être de toutes, après
la Bible, je veux dire sur l'épopée homérique, nous y re-
connaîtrons de même partout cette fidélité de peinture que
je vous signalais tout a l'heure comme l'une des premières
et des plus essentielles conditions de toute véritable épopée.
   Pourquoi Homère a-t-il toujours été par excellence le poète
de la Grèce? pourquoi tant de villes se sont-elles disputé
l'honneur de lui avoir donné le jour et de lui élever des au-
tels, pourquoi tous les poètes qui l'ont suivi ont-ils dû non
seulement s'incliner devant son génie, mais encore l'imiter
en quelque sorte fatalement? pourquoi enfin tous les siècles
et tous les peuples ne cessent-ils de lui jeter tour à tour
une couronne en passant? c'est que les deux poèmes qu'ij
a légués à la postérité sont, sous deux aspects différents,
la plus complète, la plus saisissante, la plus dramatique re-
production des âges héroïques de l'antique Hellade, anté-
rieurement à l'époque historique. La Grèce y retrouvait
toutes ses traditions, toutes ses croyances, tous ses héros,
tous ses Dieux, et cela réuni dans un cadre admirable et
mêlé habilement au jeu d'une action unique, à laquelle tout
est subordonné. Mais cette action était le fait le plus impor-
tant et le plus national de tous ceux qui occupaient la mé-
moire des anciens Hellènes. Presque toutes les villes y avaient
pris.part, et plusieurs d'entre elles dataient de ce grand évé-
nement l'ère de leurs plus glorieux souvenirs.
   N'allez pas croire, en effet, Messieurs, qu'Homère ait in-
venté ni la guerre de Troie ni les héros qu'il met en scène,
ni les Dieux qu'il fait entrer dans la lice, les uns luttant
pour les Grecs, les autres s'efforcant de faire pencher du
côté des Troyens la balance de la destinée. Non, tout cela