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282 PHILOSOPHIE. La présence de Dieu opère toujour la sortie de nous-mêmes, et c'est ce qu'il faut. » Avec quelle netteté il accuse les tiraillements intérieurs de ce nous-mêmes et la nécessité d'un recours à un consolateur extérieur et divin. Au milieu même de la solitude et de la paix de la campagne, il écrit : « Ici je puis être moi, moi seul , sans diversion, et je me trouve pourtant comme en compagnie , où une personne vous approuve , l'autre vous con- damne ; l'une vous conseille de suivre telle direction, l'autre vous en détourne, on ne sait à laquelle entendre, obéir. Ainsi se passe la vie. Ce ne sont pas seulement les hommes et les choses du dehors qui nous contrarient ; mais l'homme extérieur contrarie l'homme intérieur, et du fond de l'homme intérieur lui-même, ressortent deux forces opposées qui agitent la pensée, l'entraînent en divers sens et l'empêchent de s'arrêter à quelque point fixe, Quel sera le terme de ces contradictions ? Où est le repos ? Je vois maintenant qu'il est inutile de chercher à l'attein- dre par les efforts de la volonté. C'est une vraie misère de vivre sur la terre. » Ce terme, ce repos, c'est Maine de Biran, le maître de la philosophie moderne, qui va vous dire où il se trouve , dans le christianisme. « Cette abnégation de soi-même et de tout ce qu'il y a de terrestre, de sensible ou d'humain en nous et hors de nous, est le caractère propre et éminent de la philosophie chrétienne, à laquelle, sous ce rapport, nulle autre ne peut être comparée, et qui surpasse tout ce que la phi- losophie des anciens a de plus élevé. I,e christianisme pénètre bien plus avant dans le cœur de l'homme ; il lui révèle bien mieux tout le secret de sa faiblesse que la philosophie tend à lui cacher ; et seul, lui apprend où il trouve une force qui n'est pas en lui, puisque ce qui le constitue lui, à titre de force, suijuris, peut disparaître et s'évanouir à chaque moment, sans qu'il puisse l'empêcher comme il arrive dans le sommeil, la défaillance, les maladies, la caducité. » A l'esprit parvenu à ce point de matu- rité et d'observation, se présentait la plus grande, et la plus difficile question de la philosophie : qu'est-ce que l'homme peut par lui-même, par la seule force propre de son âme, et qu'est-ce qu'il ne peut qu'en le demandant à Celui qui peut tout, et en s'y