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SUR L'UNITÉ DE L'AME PENSANTE. 265 se prêter un réciproque appui, il est vrai de dire, que si on est heureux et digne avec peu d'esprit et beaucoup de sagesse, on ne l'est pas moins avec une riche intelligence alliée à une grande âme. Charger l'âme, comme l'admettent M. Bouillier et les partisans de l'unité de la vie de l'âme et du corps, conséquemment de tous les phénomènes physiologiques, c'est forcément en supposer une chez les brutes, dont la vie animale diffère peu de la nôtre et établir la pluralité des âmes qui nous répugne autant que la plu- ralité des dieux. Lier l'âme aux fonctions de nos organes, c'est faire dépendre d'elles les instincts, les penchants. Comme, d'un autre côté, attacher l'âme aux facultés intellectuelles, servies incontestable- ment par la pulpe cérébrale, puisqu'elles s'affaiblissent et meurent avec elle, c'est par une conséquence forcée, lier l'âme à la ma- tière et faire douter de son immortalité. Si l'âme est le principe de la vie et préside à la locomotion, aux fonctions de nos organes et, par conséquent, aux instincts, aux penchants et passions qui dérivent de celles-ci, elle est la cause et l'esclave de tout, de sorte que le moi n'est que la conscience du sentiment intérieur de la vie et des fonctions de nos organes. S'il est incontestable que la raison, l'entendement, la cons- cience des devoirs et de la haute destinée de l'homme, ne com- mencent à se montrer qu'au sortir de l'enfance, comment expli- quer que dans cette première période de la vie, où toutes les fonctions vitales sont si actives et où l'intelligence prend tant de développement, comment expliquer, dis-je, que l'âme qui préside à la vie du corps et du cerveau, ne se manifeste pas encore, et que dans la vieillesse où la vie du corps et les facultés intellec- tuelles sont notablement affaiblies, elle conserve toute sa force, toute sa grandeur ? Enfin, si l'âme est le principe de la vie du corps, et préside aux fonctions des organes et à tous les phénomènes qui en découlent, elle ne peut combattre ce qu'elle produit et condamner ce dont elle est cause. Penser ainsi, c'est tomber inévitablement dans le matérialisme.