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 rent dans le crible. Vaugelas les avait pris en haine. « Les
 proverbes, dit Rouhours, étaient en usage autrefois parmi
 nous et faisaient mesme une partie des richesses de la lan-
gue. Henri Eslienne prétend que rien ne contribue davan-
 tage à l'ornement du discours.... M. de Vaugelas ne les ai-
mait point... il dit, dans l'épître dédicatoîre de son Lucien,
 que, pour rendre sa traduction agréable, il n'a pas traduit
tous les proverbes dont cet auteur grec s'est servi.... Ainsi
toutes ces richesses que Henri Eslienne fait valoir sont
presque comptées pour rien aujourd'hui. Elles ressemblent
à ces vieilles armes et à ces habits antiques qui sont dans
les gardes meubles des grandes maisons et qui ne servent
jamais ou qui ne servent tout au plus qu'à des mascarades et
à des ballets.... Ce n'est pas que certains proverbes ne
puissent entrer quelquefois dans des lettres ingénieuses.
M. Voiture se sert des plus communs d'une façon extraor-
dinaire par le tour qu'il leur donne, par l'application qu'il
en fait; et c'est entre ses mains, pour me servir des termes
de M. Costar, que cette boue et cette ordure se change en
or et en diamans (1). » Outre qu'il n'affecte pas la noblesse,
le proverbe a ses allures propres, et les grammairiens, épris
de la règle générale, n'en pouvaient souffrir les idiotismes.
Expression fixe, qui périt mais ne change pas, l'idiotisme est
la forme naturelle du proverbe, le moule où se verse toute
pensée qui s'immobilise et se formule.
   Ce retranchement, douloureux pour un grand nombre,
laissait un vide dans la langue. Le grammairien que j'ai cité
plus haut veut le remplir, cherche des compensations et en
trouve de plaisantes : « Les sentences communes et autorisées
de l'approbation publique, dit-il, ont la vérité des prover-
bes sans en avoir la bassesse. Par exemple celles-ci : Un


  (i) Remarques nouvelles sur la langue française.