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329 rent dans le crible. Vaugelas les avait pris en haine. « Les proverbes, dit Rouhours, étaient en usage autrefois parmi nous et faisaient mesme une partie des richesses de la lan- gue. Henri Eslienne prétend que rien ne contribue davan- tage à l'ornement du discours.... M. de Vaugelas ne les ai- mait point... il dit, dans l'épître dédicatoîre de son Lucien, que, pour rendre sa traduction agréable, il n'a pas traduit tous les proverbes dont cet auteur grec s'est servi.... Ainsi toutes ces richesses que Henri Eslienne fait valoir sont presque comptées pour rien aujourd'hui. Elles ressemblent à ces vieilles armes et à ces habits antiques qui sont dans les gardes meubles des grandes maisons et qui ne servent jamais ou qui ne servent tout au plus qu'à des mascarades et à des ballets.... Ce n'est pas que certains proverbes ne puissent entrer quelquefois dans des lettres ingénieuses. M. Voiture se sert des plus communs d'une façon extraor- dinaire par le tour qu'il leur donne, par l'application qu'il en fait; et c'est entre ses mains, pour me servir des termes de M. Costar, que cette boue et cette ordure se change en or et en diamans (1). » Outre qu'il n'affecte pas la noblesse, le proverbe a ses allures propres, et les grammairiens, épris de la règle générale, n'en pouvaient souffrir les idiotismes. Expression fixe, qui périt mais ne change pas, l'idiotisme est la forme naturelle du proverbe, le moule où se verse toute pensée qui s'immobilise et se formule. Ce retranchement, douloureux pour un grand nombre, laissait un vide dans la langue. Le grammairien que j'ai cité plus haut veut le remplir, cherche des compensations et en trouve de plaisantes : « Les sentences communes et autorisées de l'approbation publique, dit-il, ont la vérité des prover- bes sans en avoir la bassesse. Par exemple celles-ci : Un (i) Remarques nouvelles sur la langue française.