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homme de bien n'est étranger nulle part. — C'est être heu-
reux que d'être content de sa fortune. —Labonne fortune
est plus difficile à porter que la mauvaise; ou, pour mieux
dire, les sentences sont les proverbes des honnêtes gens,
comme les proverbes sont les sentences du peuple (1). »
N'est-il pas dérisoire d'opposer ces maximes filandreuses, ces
flasques moralités aux aphorismes que le peuple frappe si vi-
goureusement et que les générations se transmettent inalté-
rés. Us ont quelque chose de rhythrnique, de symétrique, de
carré où l'oreille et la mémoire se prennent fortement, et il a
été plus facile de les dédaigner que de les abolir. C'est un
style bref et on peut dire lapidaire, car il faut autant de con-
cision pour graver dans la mémoire des hommes que pour ci-
seler dans la pierre. Non, il n'y a point de proverbes des hon-
nêtes gens, les seuls, les véritables proverbes sont ceux du peu-
ple. Mais de toute part la centralisation s'organise; Richelieu
règne, Louis XIV va régner; les mœurs se polissent, les
individualités s'abaissent ; on ne veut plus rien de rude, d'âpre,
d'énergique; on jette un voile sur toute chose ; les conventions
sociales s'établissent; le froid vernis des cours, dans les paroles,
les manières, les sentiments, couvre tout ce qui est vrai.
Oh! décidément il faut rejeter bien loin la langue du peuple!
   Le latin abandonné, pour ne pas revenir à celle langue
vulgaire si méprisée, on adopta, comme terme moyen, une
langue calquée sur l'idiome savant, régulière, noble, mais va-
gue, peu expressive, comme il convient à une langue toute
neuve, à une langue qui n'a pas encore servi. On n'osa plus
employer le mol propre quemasqué d'une épithètC; d'un adjectif
 noble. Au style coupé, libre, troussé court, succédèrent les
longues et majestueuses périodes, dont la symétrie est si com-
pliquée, dont l'économie est si savante, dont l'ensemble est

  (r) Bouhours : ta Manière de bien penser dans les ouvrages de l'esprit.