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304 gnanl un organe qui en est le siège. Gela tient aux rapports du physique et du moral le plus souvent mal observés, mais surtout au matérialisme des langues primitives. L'homme ne voit d'abord que par les yeux du corps, et quand il admet quelque chose d'immatériel, il le lie à ce qui est sensible; il veut savoir où le trouver, car s'il conçoit certaines existences sans la forme, il ne les conçoit pas encore sans un lieu. Mais est-il vrai, comme l'a dit M. de Maistre, que le talent onomaturge ait aujoud'hui disparu? — Les hommes ont encore la même sagacité d'esprit pour discerner dans l'objet la qualité qui domine et doit lui imposer le nom ; ils ont la même appréciation fine des rapports les moins saisissables, la même audace, la même faculté poétique dans les comparaisons, la même persistance dans les voies de l'a- nalogie. Rien ne leur manque que l'emploi de ces qualités. Les langues sont faites et il n'est pas nécessaire ni possible de les refaire. On peut bien les remanier, former un autre langage des débris combinés d'idiomes antérieurs ; mais créer une langue nouvelle, d'éléments nouveaux, n'est pas au pou- voir de l'homme. Dès longtemps on a nommé tout ce qui est simple, et si parfois nous avons encore à faire des noms, c'est pour des combinaisons de ces objets élémentaires, de ces idées prin- cipales. Il est alors naturel d'unir, pour les désigner, les mots qui en exprimaient déjà séparément les parties. Quand il s'agit d'une chose entièrement nouvelle, la métaphore nous vient en aide et nous la rattachons à un autre objet par quelque analogie saisissante. C'est la meilleure source de mots nouveaux. Pour les mots composés, ils sont trop souvent ridicules quand leurs éléments sont empruntés au grec, quand le pre- mier venu les a formés au hasard de bribes d'une langue