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  peut mouvoir le monde sans être mu lui-même, mais s'il eut trans-
  porté cette notion de la nature du mouvement imprimé par Dieu
 à la créationj dans la notion de Dieu lui-même, s'il eut expliqué
 ainsi le mouvement et la vie de Dieu et son éternel engendrement
 de lui-même, il aurait posé l'amour comme le fondement de tout
 l'être ; s'il n'est pas arrivé jusque là, il ne s'est pas moins élevé
 à une hauteur métaphysique qui étonne la science moderne, le
 spiritualisme chrétien ne peut trouver à contredire un seul des
 principes que nous venons de citer, et ces idées si pures, si pro-
 fondes, si vraies sur la réalité divine, il les devait bien exclusive-
 ment à cette raison à qui le traditionnalisme refuse toute portée
ontologique.
    La poésie antique est pleine de cette idée de l'amour consi-
déré comme la cause première ; nous pourrions même dire que
les poètes ont eu sur ce point une intuition plus profonde, sinon
plus nette de la vérité que les philosophes ; si ces derniers avaient
 pénétré jusqu'au fond des mythes poétiques et avaient fait entrer
tout ce qu'il contiennent dans la science, l'antiquité aurait ap-
proché de bien près la véritable ontologie. « Les anciens sages, dit
 « Bacon, établirent dans leur style allégorique, que l'amour n'a
 « point de père, c'est-à-dire point de cause. Et qu'on ne prenne
 •' pas ceci pour rien ; car c'est au contraire la chose du monde
 •• la plus importante, en effet rien n'a corrompu plus radicalement
 » la philosophie que cette recherche des parents de Cupidon. <    •
     M. Blanc Saint-Bonnet a fait passer à l'état scientifique ces va-
gues conceptions de l'amour, père des dieux et principe des choses,
elles complètent la notion de Dieu que la philosophie ne possédait
pas dans son intégrité, car elle n'avait pas tenu compte de l'a-
mour. Les philosophes s'étaient arrêtés aux attributs, aux facultés
de Dieu, si l'on peut s'exprimer aiDsi, à sa substance extérieure,
mais ils n'avaient pas apperçu ce qui fait sa vie elle-même, ils
le connaissaient comme cause de tout ce qui n'est pas lui mais le
secret de sa causalité absolue, de son engendrement de lui-même,
leur avait échappé, car l'étude de l'amour absolu avait toujours
été tenue en dehors de la science.
    Examinons en effet les diverses manières dont les philosophes
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