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519 commun, qui est le produit d'une science antérieure, ordinai- rement plus grossière, et qui dérive de la même origine. Ne vous laissez donc pas émouvoir par ces condamnations abso- lues, dont vous entendez, sans nul doute, autour de vous frap- per au nom du sens commun, tous les nouveaux systèmes qui apparaisssent dans la science avec quelque force et quel- que originalité. Songez que ce que le sens commun empiri- que d'aujourd'hui condamne, sera peut-être approuvé par le sens commun de l'époque qui doit suivre, comme cela est ar- rivé souvent dans l'histoire des siècles passés. Il ne faut être ni trop confiant ni trop superbe dans les lumières du sens commun empirique, car ces lumières peuvent être trompeuses, et d'ordinaire, elles sont iuférieures aux clartés nouvelles dont chaque jour la science vient éclairer le monde. Encore une fois, ni l'autorité de cette espèce de sens commun, ni le con- sentement universel qui en dérive, ne sont des preuves déci- sives delà vérité d'une doctrine. Ne se peut-il pas, en effet que ce consentement universel soit, tout simplement, le résul- tat d'une de ces causes d'erreurs communes à l'espèce hu- maine tout entière, et que Bacon, dans son langage figuré, appelait idola tribus? Une opinion qui nous paraît revêtue du consentement universel, n'a droit de notre part qu'à un examen plus sérieux et plus approfondi, car elle peut être fausse comme ei!e peut être vraie, et pour s'en assurer, il n'est pas d'autre moyen que d'éprouver la solidité des fonde- ments sur lesquels repose ce consentement universel, par l'expérience et la raison, seuls critérium do la vérité comme de l'erreur. Voilà à quoi se réduit l'autorité du sens commun empiri- que, dont s'arment tant d'esprits à l'encontre des idées nou- velles. Cette autorité est nulle à l'égard de la science. Mais en » vous démontrant ainsi le peu de valeur de coite autorité, que! a été mon but? Ai-je voulu entreprendre par avance et d'une