page suivante »
513
les justifie, mais aussi, en s'appuyant sur elles, elle les dé-
passe et atteint des questions qui ne sont point résolues dans
la conscience du genre humain. Mais si la philosophie ne peut
aller au-delà , elle ne peut aller contre; leur autorité est sa-
crée et absolue. Une opinion qui les contredit, une doctrine
qui les nie ou ne peut en rendre^compte et conduit à les nier,
est, par là môme, jugée et condamnée sans appel. Elle pourra
bien, par ses sophismes, séduire momentanément quelques
esprits, mais elle sera éternellement repoussée par la cons-
cience du genre humain. Ainsi l'autorité du sens commum
rationnel l'emporte sur la science et sur tous les principes qui
sont dûs à l'expérience.
Mais en est-il de même de ce sens commun empirique si
satisfait de lui-même, si arrogant a l'égard de la science?
Définissons d'abord sa nature, puis nous discuterons la légiti-
mité de ses prétentions. Tandis que le sens commun rationnel
ne se compose que d'éléments absolus et nécessaires, le sens
commun empirique se compose d'éléments variables, relatifs,
contingents, empruntés à l'expérience. Voici comment se
forme et se compose le sens commun empirique. Vous savez
que les principes de la raison ne se manifestent en nous qu'Ã
l'occasion de l'expérience et ne la précèdent pas; ils se dé-
veloppent simultanément avec elle dans notre intelligence,
d'où il résulte qu'ils s'y trouvent nécessairement associés Ã
un certain nombre de faits d'expérience, et à un certain nom-
bre d'applications plus ou moins heureuses, plus ou moins
étendues, soit aux faits de l'univers physique, soit aux faits de
l'univers moral. Les premières, les plus faciles, les plus ur-
gentes de ces applications, constituent une sorte de science
grossière à l'usage de tous les hommes, et nécessaire à la con-
servation de leur existence. Ainsi, l'homme môme dont les fa-
cultés intellectuelles sont les plus bornées, prévoit, à certains
signes précurseurs, que l'orage va éclater, et se met en quête
00