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                              4SI
qu'une méchante vieille femme avait voulu, par cruauté, ar-
racher une dent à un enfant.
   — Et elle te l'a arrachée, ta dent, ma pauvre petite, cette
vieille misérable? demanda Rodolphe.
   — Je crois bien, qu'elle me l'a arrachée!... et pas du pre-
mier coup, encore! Mon Dieu! y a-t-elle travaillé! elle me
tenait la tête entre, les genoux, comme dans un élau : puis,
moitié avec les tenailles^ moitié avec ses doigts, elle m'a tiré
celte dent; el après elle m'a dit, pour m'effrayer, bien sûr :
« Maintenant, je l'en arracherai une comme ça tous les jours,
Pégriotte, et quand lu n'auras phis de dents, je te ficherai à
l'eau, tu seras mangée par les poissons, y se vengeront sur loi
de ce que tu as été chercher des vers pour les prendre. » Je
me souviens de ça, parce que ça me paraissait injuste...
Tiens! comme si c'était pour mon plaisir que j'allais aux vers.
   — Ah! la gueuse! casser, arracher les dents à une pauvre
petite enfant! s'écria le Chourineur, avec un redoublement de
fureur.
   — Eh! bien, après? esl-ce qu'il y paraît maintenant, voyons?
dit Fleur-de-Marie.
   Et elle entr'ouvrit, en souriant, ses lèvres roses, en mon-
trant deux rangées de petites dénis blanches comme des
perles....



                              III.



   Il semble vraimentimpossible.de rendre un récit plus sai-
sissant et plus naïf que celui de Fleur-de-Marie. Quelle simpli-
cité touchante, quelle bonté., quelle résignation! La malheu-
reuse enfant raconte son martyre sans se plaindre; et, quand
l'énergique indignation du forçat fait explosion, quand des
menaces sont proférées contre la mégère qui la fit lantsouf-
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