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En Allemagne, Albert Durer, AUdarfer, Hisbel, Wolgemut ;
en Italie, les élèves du Titien; dans les Pays-Bas, Vichem,
Jegher; en Angleterre, Berwick; en France, Jollat, Guillaume
Leblé, Jean Leclerc, Pierre et Vincent Lesueur, les Papil-
lon, etc., s'adonnèrent à ce nouvel art qui, malgré des pro-
grès inouis, tomba bientôt dans la longue période de délaisse-
ment dont il n'est sorti que de nos jours. Le problème actuel
est d'arriver a réunir les doubles avantages de l'époque de
l'invention et de l'époque du perfectionnement; c'est-à -dire,
d'obtenir à bon marché des œuvres qui ne soient pas au-
dessous des progrès de l'art.
A côté de ma gravure d'Epinal, j'ai placé le bois dessiné
par Grandville que je dois à son étourderie (1) et à votre obli-
geance. Au-dessous s'enroule comme un serpent le long
tuyau démon narghileh, ou plutôt chibouk, car le mot chi—
bouk est en Orient la véritable dénomination de la pipe en
général, et s'applique en particulier à toutes celles où l'on fume
le tabac haché. Les Musulmans déploient beaucoup de luxe
dans les ornements de leurs pipes; le bouquin, ordinairement
en ambre jaune ou en corail, est couvert d'incrustations d'or,
peint et émaillé avec talent; quelques-uns sont ornés de dia-
mants, de perles, de rubis disposés avec goût. La pipe tient une
grande place dans la vie indolente et sensuelle des orientaux;
sans sa pipe, un turc ne saurait faire son kief; ce mot qui en
dit plus qu'il n'est gros, a une acception presqu'infinie et son
sens a quelque chose de vague, comme la disposition d'esprit
qu'il sert à désigner; celte expression correspond à la fois
(r) Pour la gravure, le dessinateur retourne son sujet de manière à ce
qu'il soit vu comme le représenterait un miroir; au tirage, le dessin re-
tourné de nouveau, parait dans son état naturel. Or, il arriva à Granville
de dessiner tout le frontispice des Animaux peints par eux mêmes, sans s'aper-
cevoir qu'il ne le retournait pas.