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présenté successivement des idées différentes ou opposées.
Certains mots, sans rompre tout-à-fait avec leur passé, se
déchargent cependant d'une partie de l'idée; ils subsistent
dans une de leurs acceptions très accessoire et très dérivée,
ainsi que de vieux arbres remplacés par les rejetons qui crois-
saient inaperçus à leurs pieds. Une chose, depuis longtemps
repoussée et poursuivie, n'a souvent eu qu'à se cacher sous
un nom nouveau pour être tolérée et peut-être accueillie ; et,
au contraire, plus d'une nouveauté, sous le déguisement d'un
mot déjà familier, a pu, sans éveiller la méfiance, se glisser
parmi les choses consacrées et s'y implanter définitivement.
   Entre ces petites révolutions, une des plus fréquentes est
celle qui change la marque de noblesse ou de vulgarité
attachée à certains mots; tour-à-lour ils s'abaissent et se r e -
lèvent comme les rayons que la roue plonge dans l'ornière
boueuse et qu'elle en retire bientôt pour les faire briller un
instant au soleil. La philologie pourrait emprunter aux phi-
losophes le système de la métempsychose et en faire aux mois
une juste application, car chacun d'eux a eu sa vie antérieure :
quelques-uns, en récompense d'une vie d'épreuve, pauvre,
méprisée, ont été, dans une nouvelle existence, glorifiés et
ennoblis; d'autres, égarés par l'ambition, ont voulu tout en-
vahir, tout exprimer, ou, corrompus par la fortune, ils se sont
laissés aller à tous les changements, à tous les caprices de la
mode et sont tombés ainsi de leur position élevée. « Il en
prend aux mots comme à nos fortunes, dit Pasquier : nous
voyons quelquefois gens de peu de mérite eslre levez aux
grands honneurs sans scavoir pourquoy, et les autres raval-
ler de leurs dignitez. Ainsi est-il des paroles, dont les au-
cunes furent autresfois vilipendées, que nous voyons puis
 après venir en valeur, et les autres qui avoient esté en valeur,
 estre puis après contemnées (1). »

  (I) Recherches de la France, livre VIII, cliap. XIX.