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Les mois nouveaux surtout étaient accompagnés de ces phra-
ses précautionnelles. Leur production était assujélie à de
nombreux préliminaires; il y avait une étiquette aussi sévère
eldes formalités aussi indispensables que pour une présenta-
tion a la cour. Aujourd'hui l'on forge un mot et l'on s'en sert
encore tout chaud du marteau et de l'enclume, mais alors il
y avait des phases diverses à traverser. On l'essayait en con-
versation, d'où il passait dans les lettres et c'est dans ces
limbes qu'après un temps d'épreuve un auteur venait le pren-
dre et le risquait dans un livre. Il y était d'abord imprimé en
leltrcs italiques : c'était la marque de sa candidature et pendant
un certain temps il ne se montrait pas sans ce vêtement.
Bonhours enregistre aussi les minuties de ce cérémonial :
« c'est dans la conversation que naissent d'ordinaire les ter-
mes nouveaux, ils y demeurent, quand ils ne périssent pas
un peu après leur naissance, jusqu'à ce qu'un long usage
leur fasse perdre enlièrement le caractère de la nouveauté(l).»
V.
Pour que le sourire provoqué par ces détails d'intérieur ne
soit pas suivi de quelque dédain, on a besoin de considérer
l'ensemble et le résultat de l'œuvre, de prêter l'oreille à cette
belle langue du siècle de Louis XIV qui, dans sa grandeur
calme, dans sa majestueuse régularité, reproduit si fidèlement
la forme sociale et politique de cette époque et l'impression gé-
nérale de ce règne. En môme temps que s'éteignaient les
dernières palpitations de la vie féodale, que les résistances lo-
cales cessaient,'que l'omnipotence royale absorbait les anti-
(i) Entreliens d'Âristeet a'Eugène.