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les unes des a u t r e s ; la première, pour les femmes mariées; la seconde, p o u r
les filles-mères repentantes ou réputées telles ; îa dernière, pour celles qui ap-
partiennent à la classe des filles publiques, et qui sont, à ce titre, inscrites sur
les registres de la police. Je le répète, ajoute l'auteur, il me semble qu'à l'aide
de ces dispositions l'on satisferait également aux exigences de la morale et Ã
celles de l'humanité. »
Si de nombreuses réformes sont indispensables dans ce qui touche au bien-
être matériel des malades, il en est d'autres non moins urgentes réclamées par
nos mœurs religieuses : anciennement, quand un malade mourait, un prêtre
venait, dans la salle même, faire, pour le défunt, les prières d'usage. Aujour-
d'hui tous les morts de la journée sont portés successivement au dépôt où, cha-
que soir, à la vérité, un prêtre vient donner l'absoute, mais c'est là la seule
cérémonie religieuse dont ils soient l'objet, à moins que leurs familles ne
puissent donner So francs pour leur avoir un prêtre et un enterrement particu-
lier. Certes, on n'est en droit de s'étonner que, dans un établissement où la re-
ligion tient une si large place, les choses se passent ainsi ; mais on s'étonnera Ã
meilleur droit encore en apprennant de M. Pointe, que l'Administration a
décidé par un arrêté que les morts seraient accompagnés au cimetière par les
aumôniers et que si cette cérémonie n'a pas lieu, ce n'est pas sur l'Administra-
tion temporelle que doit peser la responsabilité do ce déni de justice chrétienne !
Ouvert à toutes les souffrances, l'Hôtcl-Dieu devient inévitablement le refuge
d'un certain nombre de personnes victimes d'attentats accomplis dans l'ombre.
Quel est, en effet, le médecin, parmi ceux attachés au service de la maison qui
n'ait, plus d'une fois, constaté des désordres, souvent mortels, dont les causes
probables l'amenaient nécessairement au soupçon d'un crime ? Quelle conduite
est tracée, en pareil cas, à son indécision? Ce secret doit-il rester entre lui et
la victime, nu bien se fera-1-il accusateur public? C'est là sans doute une
question grave , mais ne trancherait-on pas la difficulté si l'on revenait, ainsi
que le conseille l'auteur, à l'exécution des anciens règlements, en vertu des
quels, tous les matins, chaque médecin ou ehirugien signait sur la feuille des
morts, un état des malades qu'il avait perdus, en indiquant la maladie de cha-
cun d'eux. Alors, en effet, toute hésitation de conscience cesserait et ce serait
à la juslice avertie par l'autorité, à prendre les mesures qu'elle jugerait con-
venables dans l'intérêt de la morale et de l'humanité.
On se plaint chaque jour de l'insuffisance du nombre des l i t s ; chaque jour
des malades sont refusés à la porte de l'hospice, et souvent, il faut bien le dire,
l'étal de ses malades est tel qu'un relus d'admission devient pour eux un arrêt
de mort. Les lits manquent-ils en effet? Et, avant de songer à en augmenter le
nombre, ne serait-il pas à propos d'examiner si cette pénurie apparente ne ré-
sulterait pas plutôt de quelque vice dans le mode d'admission à l'hospice?
Cette opinion est celle de 51. Pointe. Suivant lui, les deux tiers des individus
reçus à i'IIôlel-Dieu le sont indûment : les uns pourraient se faire traiter chez
eux, à leurs frais: d'autres appartiennent à des familles en position de les
recueillir et de les soigner; quelques-uns, les domestiques, par exemple, et
certains ouvriers, à demeure chez leurs maîtres, devraient être traités aux
frais de ceux qui les emploient; les filles publiques enfin, et les vagabonds lie
devraient être admis dans aucun cas. « Les réformes que je viens d'indiquer,
ajoute l'auteur, auraient, j ' e n suis convaincu, de si heureuses conséquences que,
grâce à leur adoption, l'Hôtel-Dieu pourrait avec le nombre de lits qu'il
possède, recevoir tous les malades qui se présentent, et cesserait ainsi d'en-
courir le reproche trop bien mérité dont il est l'objet, celui de ne pouvoir
suffire aux besoins de la populaîion »
Le chapitre spécial aux aumôniers renferme une belle et utile leçon de morale